02 novembre 2006

Children of Men

Children of Men
Critique

Réalisé par Alfonso Cuaron | Musique (non-originale) de John Tavener| Avec Clive Owen - Julianne Moore - Michael Caine | Lumière de Emmanuel Lubezki
Synopsis : Dans une société futuriste où les êtres humains ne parviennent plus à se reproduire, l'annonce de la mort de la plus jeune personne, âgée de 18 ans, met la population en émoi. Au même moment, une femme tombe enceinte - un fait qui ne s'est pas produit depuis une vingtaine d'années - et devient par la même occasion la personne la plus enviée et la plus recherchée de la Terre. Théo est chargé de sa protection...

Mon avis : Je ne savais pas comment commencer cette critique, peut-être parce que le film est encore trop frais, peut-être parce que je n'ai pas vu le film autant de fois que l'aurais voulu. Quelque part, sur Terre, des producteurs ont du penser à moi en faisant ce film et y ont mis tout ce qu'il fallait pour me plaire. C'est vraiment comme ça que je vois les choses, puisque Children of Men est mon film préféré de cette année, même devant les epoustouflants Imposteur et autres Syriana.

Et pourtant Children of Men n'est pas un film facile. Son genre est l'anticipation et en découle naturellement une difficulté à suivre, à comprendre le film et à y entrer. Dans les quinze premières minutes, le film nous assomme d'informations qui vont nous permettre de construire le monde du futur dépeint dans Children of Men. Ce procédé, le même que dans tous les films d'anticipation, est peut-être ce qui empêche le genre d'être réellement apprécié à sa juste valeur. Dans Minority Report, le premier quart d'heure est neurasthénique, assomant d'informations bombardées à grand renfort de musique classique ; dans Total Recall, là encore, nous sommes aggressés par la télévision, les radios, les voix, les moments quotidiens qui sont très différents de nous - et qui nous demandent donc un moment d'adaptation nécessaire à la bonne compréhension du monde et donc de nous permettre d'anticiper et d'accepter le reste du film.

Children of Men débute par l'annonce de la mort de plus jeune humain sur la Terre, Baby Diego, âgé de 18 ans et quelques mois. Sur cette Terre infertile, il est devenu une star, un héros et, par rapprochement, l'enfant de toutes les mères et de toutes les femmes. Théo, interprêté par le génial Clive Owen achète son café dans un bar où tout le monde a les yeux fixés sur la télé, il sort dans la rue et on découvre un Londres à la hauteur du L.A. de Blade Runner : un monde en ruines, en déliquessence, aux portes de l'enfer. Il se verse un peu d'alcool dans son café et le bar dont il vient de sortir explose juste devant ses yeux. Une femme sort en hurlant, tenant dans sa main gauche son bras droit arraché. L'image et le son s'arrêtent et laissent place à un immense titre : Children of Men.

Le film débute ainsi, sans musique, dans un plan-séquence. Un plan qui dure approximativement deux minutes dans lequel est sorti d'un bar qui quelques secondes plus tard explose dans une rue avec des centaines de piétons et de voitures. Parlons du plan-séquence, puisqu'il est au coeur même de Children of Men. Hitchcock n'est pas le premier à l'utiliser mais lui offre quelques notes de noblesse dès sa période anglaise avec Young and Innocent et une caméra qui semble voler, traverser un grillage en croisillons, une salle de restaurant et vient filmer en très gros plan le tic facial du tueur que le héros cherche désespérement à attraper. Welles est aussi très connu pour ses plans interminables qui traversent plus murs et des fenêtres, des rampes d'escaliers - tout ça dans Citizen Kane - ou tout simplement un travelling suivant plusieurs personnages et une explosion et une longue discussion - dans le fabuleux Touch of Evil. Plus tard De Palma avec Carrie, Les Incorruptibles, Mission to Mars, Raising Cain ou encore Casualties of War...

Dernièrement c'est avec Spielberg que nous avons eu droit aux deux plans-séquences les plus étonnants de ces dernières années dans The War of the Worlds. Le second lors d'une scène de dialogue en voiture où la caméra virevolte autour des personnages et le premier, où l'on suit pendant deux minutes Tom Cruise poursuivit par un tripode. C'est à cette scène que Children of Men fait le plus penser. Le plan-séquence impose deux sensations au spectateur : une sensation de réalité puisque le montage - art essentiel et unique du cinéma - n'existe plus ; une sensation de proximité puisque le film semble plus vrai il rapproche le spectateur et l'émotion. Imaginons qu'on regarde deux photos l'une après l'autre ; notre cerveau doit analyser chaque image et donc recommencer à ressentir les émotions qu'elles dégagent. Le plan-séquence fonctionne ainsi : on oublie le montage, on voit avec les yeux du personnages et notre cerveau n'a pas besoin de s'habituer à une coupure et à voir une nouvelle image.

Dans Children of Men il y a une quantité de scènes remarquables. Techniquement le film atteint des sommets sans limites avec une scène de presque 10 minutes en voiture qui contient du ping-pong buccal, un accident, un meurtre, un deuxième accident avec une moto, une trentaine de figurants, quelques véhicules de police, une course poursuite puis le massacre de deux policiers. Tout ça en un seul plan où la caméra, au coeur de la voiture nous place d'une situation amusante et cocasse - les deux personnages s'envoient la balle de ping-pong avec leur bouche et la rattrape - à une situation d'horreur où un personnage prend une balle dans la gorge et que les autres tentent d'éviter la police et les pillards qui les ont attaqués.

Plus tard, on assiste à un accouchement dans un plan très long qui nous permet de voir le bébé sortir et de commencer à respirer. La suite du film est une longue suite de plans incroyables dont un plan de 15 minutes (quinze minutes) où Clive Owen est au coeur d'un guérilla urbaine, de l'explosion d'un immeuble, d'une prise d'otage, de l'arrivée d'une cinquantaine de militaires, de l'entrée dans l'immeuble détruit, de la montée des étages... Rien que pour son achievement technique, Children of Men mérite le détour, le coup d'oeil pour apprécier le génie et le talent à l'état pur.

Alfonso Cuaron avait réalisé précédemment Harry Potter 3, le meilleur épisode de la série qui offrait une quantités de plans sublimes, de plans-séquences étonnants et d'un monde plus noir et plus profond qu'auparavant. Avec Children of Men, Cuaron reste définitivement détaché de son sujet et de son histoire. La mort de personnages importants, l'importance de ce bébé pour l'humanité sont traités avec une froideur, une distance qui déroute et que les gens ne comprennent pas forcément. Loin de faire un film humain, il signe un film sur l'humanité, sur sa déchéance dans un monde que l'on ne connaît pas et qui semble trop souvent très proche de nous.

Conclusion : Déstabilisant, Children of Men l'est surement. Si sa technique est irréprochable et mérite même l'achat du DVD le matin de sa sortie, l'histoire et surtout la distance du film et de son sujet risque de ne pas plaire à tout le monde. Un film dont je parlerais pendant très, très longtemps.


Miaou, amateur de Children of men

3 commentaires:

Anonyme a dit…

Il est honteux, tout simplement honteux que Children of Men n'aie pas connu une distribution plus correcte en salles (une centaine d'écrans, ce qui est minable vu la grandeur de la chose).
La principale force de Children of Men est effectivement sont "réalisme" quasiment invisible, dans le sens où le film n'est pas pompeux ni tape à l'oeil : si je ne l'avais pas lu, je n'aurais jamais imaginé que le film tenait sur un budget de 150M$ ! Le film offre donc un grand moment de science-fiction, sans effets spéciaux voyants ni CG, où un scénario captivant se mèle a un réalisation d'un réalisme prenant, le tout porté par une interprétation réellement géniale, et comme déja dit, l'apparente sobriété de la réalisation sers superbement le tout.
J'allais dire qu'il faut spécialement retenir la scène de la fuite vers le bateau composée de 2 plan-séquences à la suite l'un de l'autre qui sont à couper le souffle mais... tout étant à retenir, je vais m'arrêter là ^^. Sérieusement, pour une fois, j'approuve.

Yéti a dit…

Le film n'a coûté que 70 millions de dollars.

Anonyme a dit…

Allociné m'avait dit 150 M$, je n'avais pas eu le courage de vérifier ça sur imdb. Pardonne moi donc ^^.