26 août 2006

Vol 93 - Quel Point de Vue ?

Vol 93
Arrêt sur Image

Réalisé par Paul Greengrass | Musique de John Powell

Ma réflexion se base sur l'article de mon cher Nicolas, que vous pouvez lire ici.

Vol 93 relate les faits qui se sont produits dans les tours de contrôles lors du 11 Septembre puis dans l'avion qui s'est écrasé en Pennsylvanie. Sensé être proche de la réalité, filmé comme un documentaire, la vraie histoire, les vrais événements... Vol 93 est donc plus un film-mémoire, une vidéo de vacances qui est là pour nous raconter ce que nous n'avons pas vécu.

Je vois ça autrement. Je vois une mise en scène hypra stylisée, proche de 24 Heures Chrono à grand coup de mise au point bancale et de petits recadrages brusques. Sans parler du scénario, grandement improvisé et du fait que la moitié des acteurs du film jouent leurs propres rôles.

Dans l'article qui a fait démarré ma pensée, Nicolas parle de Munich de Steven Spielberg, film qui m'a déçu lors de sa sortie par son aspect politique et engagé. On y voit des juifs revenchars, des palestiniens à la masse, des gentils, des méchants, des erreurs dans chaque camp, des incidents de parcours. Si la partie suspens du film est parfaitement maîtrisée, l'aspect politique est un ratage total. Si pendant les deux tiers du film Spielberg s'acharne à nous montrer que la violence ne sert à rien, que les palestiniens sont des gens oppressés et tentent de se défendre, que les israëliens agissent dans le mauvais sens ; il détruit son point de vue en une scène. Une seule scène : la fin sanglante de la prise d'otage. Là où avant sa mise en scène restait d'une neutralité parfaite, où l'on voyait arabes comme juifs se faire tuer sans discrimination (un couteau dans la tête, une rafale en pleine poitrine, une bombe sous le lit), Spielberg nous cache la mort des otages israéliens et nous offre en cinémascope celle des preneurs d'otage.

Que voyons-nous réellement dans cette scène ? Les otages montent dans les hélicoptères, poussés par les palestiniens. Soudain on fait feu depuis l'aéroport - la police allemande qui a depuis été reconnue coupable de la mort d'otages cette nuit là mais ça Spielberg l'oublie - les palestiniens ripostent et puis se sentent pris au piège. Ils se retournent vers les otages. Plan sur les otages - Plan sur le palestinien qui tire - Plan sur les otages morts, leurs blessures rendues invisibles par le manque de lumière, leurs visages doucement posé contre l'épaule du voisin. Par de violence, pas de sang : la mort est hors-champ.

Et là tout le parti pris de Spielberg depuis le début qui s'efforçait de nous offrir une vue honnête et contraire à ses origines, épargne au spectateur la mort des otages.

Dans Vol 93, Greengrass ne se laisse pas avoir. Il montre tout, même les morts sanglantes et irraisonnées des terroristes. Il montre la violence, la folie, l'instinct primaire qui force un homme sans histoire à détruire le crane d'un jeune terroriste à coup de plateau repas. Sa vision est totale, Greengrass est omnipotent et omniprésent et nous offre une scène d'une puissance inouïe où les passagers récitent la Bible et les terroristes, le Coran.

Bien sûr, on pourrait se dire que ne pas avoir de point de vue c'est mal. Un auteur, quelque soit son média doit avoir un point de vue. Mais Est-ce que tout montrer, sans faire de distinction, sans épargner le spectateur... n'est ce pas ça, le vrai point de vue ?

Miaou, déjà vu ?

25 août 2006

La Jeune Fille de l'Eau

La Jeune Fille de l'Eau
Critique

Ecrit et réalisé par M. Night Shyamalan | Musique de James Newton Howard | Avec Paul Giamatti, Bryce Dallas Howard, Jeffrey Wright

Pendant plus de 30 ans maintenant, Steven Spielberg nous a demandé de croire à ses histoires. De croire aux ET, aux dinosaures, aux fantômes d'aviateurs, à Truffaut en ufologue, à Peter Pan, à l'arche perdue et aux dernières croisades. Il nous l'a demandé et on l'a suivi. Pas tout le temps, pas toujours comme il aurait voulu. Si E.T. et Jurassic Park ont été de larges succès, A.I., Minority Report, Always ou encore Hook n'ont pas eu cette chance.

Il y a quelques années maintenant est arrivé un réalisateur qu'on appelait tantôt le nouveau Spielberg, tantôt le nouveau Hitchcock : M. Night Shyamalan. En un film il avait conquis un public facile en imposant une nouvelle technique pour amadouer le spectateur : le twist final. Qu'importe si le film est bien ou nul à vomir, un twist final remet les pendules à l'heure et offre au spectateur le bonheur d'un film qu'il trouve "bien" uniquement à cause de cette fin surprenante. Saw, Hide & Seek, Ils... il y a douze millions d'exemples.

Et puis Shyamalan a continué son chemin tout seul, sans ce premier public, forcément conquis puisque pris au twist. Il a fait Incassable, un film incroyablement fort sur les super héros, puis Signs un film boulversant sur les médias, la mort, la famille et enfin, il y a deux ans, The Village, monde créé de toute pièce pour se cacher du monde extérieur et de ses méfaits (entre autres : la guerre).

La Jeune Fille de l'Eau raconte l'histoire d'un concierge d'un immeuble multi-culturel. Le dénommé Cleveland Heeps découvre un soir dans la piscine une jeune femme, Story, une narf selon un conte asiatique, qui se révèlera connaître l'avenir et pourra aider à changer le monde des hommes. C'est écrit sur l'affiche, c'est dit au début, à la fin et tout au long du film : ce film est un conte pour enfant. Il faut donc le traiter comme un conte et ne pas essayer d'y voir un film de cinéma comme il est habituel d'en voir.

En lisant les contes des frères Grimm ou de Andersen, on se surprend souvent à penser que ces contes ne tiennent pas la route... Des nains dans une forêt ? Une sirène qui veut épouser un prince ? Une sorcière qui vit dans une maison en sucrerie ? Allons ! C'est un conte, pas grave si l'histoire ne tient pas debout il suffit d'y croire. Croire ? Le mot est lancé !

Shyamalan est un fervent catholique romain et souvent ses films la question de la foi est soulevée. Qu'elle soit chrétienne dans Signs, paranormale dans Sixième Sens ou super-normale dans Incassable, le réalisateur d'origine indienne parle de croyance, de foi et de ce qu'on peut faire pour elle. Dans The Village, ce sont des gens qui ont perdu la foi en notre siècle qui se replie deux cent ans auparavant.

Motivé par ce thème qui hante chacun de ses films, chacune de ses histoires, chacun de ses personnages, Shyamalan nous offre avec La Jeune Fille de l'Eau une réflexion à deux niveaux.

Premièrement il faut croire en cette femme, croire au pouvoir qu'elle possède, croire en ses prédictions du futur et au destin qui attendent les hommes et l'Humanité. Et puis, habilement tapi sous un film d'aventure et d'action bourré d'humour, Shyamalan nous parle du rôle que nous jouons dans la vie.

Incassable avait été le premier à offrir à un personnage un super–pouvoir : Bruce Willis devenait un super–héros imbattable, capable de survivre à un accident de train et de sauver les gens. Dans Signs, Mel Gibson était confronté au destin pur : sa fille est asthmatique, son frère joueur de base–ball et chacun à son rôle à jouer dans leur histoire.

Bien sûr on pourrait toujours répliquer qu'un scénario, hollywoodien même, est souvent bourré de "hasards" qui dynamisent, qui renforcent et qui font avancer une narration. Mais ces coïncidences ne sont jamais fortuites chez Shyamalan. Elles sont le moteur même de l'histoire et il suffit d'y croire pour que La Jeune Fille de l'Eau devienne un film grandiose, épique et sublimement construit.

On peut me reprocher l'amour que je porte au cinéma de Shyamalan et qui, sans aucun doute, altère mon jugement et ma pensée. Mais il me semble difficile de le croire. Quelque part, derrière sa mise en scène parfaite, ses cadrages de tuerie, ses effets spéciaux impeccables, son utilisation du flou, du son et de la musique (son partenaire James Newton Howard toujours aux commandes), derrière ses acteurs formidables, se cache un cinéaste qui pose des questions inédites au cinéma depuis Tarkovski sur la croyance, religieuse et humaine.




Miaou, défenseur et admirateur de Night

15 août 2006

Paris je t'aime

Paris je t'aime
Critique


Une vingtaine de réalisateurs et une ville : Paris. Le programme peut attirer l'oeil surtout quand on voit la liste des gens appelés à travailler sur le projet. Sauf que voilà, être un grand réalisateur, être un maître, remporter des Oscars et travailler avec les plus grands ne veut pas dire que ça fonctionne en court métrage. Ca ne fonctionne même quasiment jamais.

Les courts métrages peuvent se ranger en 3 catégories : les réussis, les ratés et les pourris.

Montmartre de B. Podalydès, Tuileries des frères Coen, Loin du 16ème de Walter Salles et Père-Lachaise de Wes Craven : sont mes préférés, parfois adapté au court métrage, parfois un peu trop courts. J'aurais aimé voir la suite du film de Podalydès, touchant hommage au parisien de base - et peut être le seul film vraiment français et pas ringard du collectif - comme j'ai aimé voir le destin de cette jeune espagnole dans le film de Salles.


Place des Victoires de Nobuhiro Suwa, 14e arrondissement d'Alexander Payne, Tour Eiffel de Sylvain Chomet, Place des fêtes d'Oliver Schmitz, Quartier Latin de Gérard Depardieu et Frédéric Auburtin, Pigalle de Richard LaGravenese : des films qui ont des moments intéressants, touchants même (la fin de Place des Fêtes, les délires de Chomet) mais qui au final sont moyens, mauvais, ridicules. Suwa (réalisateur du sublime Un Couple Parfait) n'arrive pas à faire fonctionner son histoire en court métrage et ce malgré l'apparition fugace de Willem Dafoe en cow-boy. On sent qu'il aurait aimé que son histoire dure une heure trente de plus mais qu'il doit se contenter de 5 misérables minutes prometteueses. Pigalle est un petite jeu amusant qui malheureusement s'éteint avec sa chute romantique et ridicule, le film de Depardieu est une perle d'écriture (par Gena Rowlands s'il vous plait) mais est découpée comme un journal télévisé... Le sentiment de ne pas avoir assez de temps se sent chez tout les réalisateurs et nuit considérablement à la qualité des films. Quant au génial Alexander Payne, son film a un petit goût d'inachevé malgré un talent incontestable dans l'art de raconter de petites histoires touchantes.


Quartier des Enfants Rouges d'Olivier Assayas, Quartier de la Madeleine de Vincenzo Natali
, Faubourg Saint-Denis de Tom Tykwer, Quais de Seine de Gurinder Chadha, Parc Monceau d'Alfonso Cuaron, Bastille d'Isabel Coixet, Porte de Choisy de Christopher Doyle et surtout Le Marais de Gus Van Sant : tristes merdes, insurmontables courts métrages chiants, longs, gonflants et prétentieux. Christopher Doyle, chef opérateur de Wong Kar Wai et du dernier Shyamalan se retrouve dans un délire publicitaire qui est trop absurde pour être compris, Assayas ne raconte rien en ne filmant rien et Cuaron n'a rien fait d'aussi pourri de sa vie entière - la faute à Nick Nolte bourré de vrai dans son film ? Coixet imite Truffaut pour notre plus grande horreur, Natali photoshope son film avec une rare laideur, le cinéma français de jeune est même présent avec Quais de Seine où les messages lourds comme des tractopelles nous expliquent que les arabes ils aiment la France et que les jeunes mecs sont cons et machos. Génial ! Gus Van Sant nous prouve encore une fois que son cinéma ne fonctionne que sur la durée : 4 minutes d'ennui profond ! Finissons par parler du film de Tykwer, horrible histoire d'amour entre un aveugle et Nathalie Portman. Entre clichés sur Paris, sur l'amour et sur la mise en scène, Tykwer réussit l'exploit de faire plus laid que Doyle, plus chiant que Coixet et plus lourd que Chadha ! Un exploit !


Alors voilà, Paris je t'aime est une compilation de petits courts sympathiques, de courts ratés et de grosses daubes infectes. Des films sur Paris dont on ne voit que des monuments et des plans serrés des acteurs, où tout le monde parle anglais. Vue d'esprit, vue de touriste, vue d'étranger sur une ville qu'ils ne connaissent pas et dont il n'ont rien à dire.

Miaou, amateur de longs métrages

14 août 2006

Pirates des Caraïbes 2

Pirates des Caraïbes 2 : Dead Man's Chest
Avis Express

Réalisé par Gore Verbinsky | Musique de Hans Zimmer | Ecrit par Ted Rossio & Terry Elliot | Avec Johnny Depp, Keira Knightley, Billy Nighy, Orland Bloom
Je n'avais pas vu le premier épisode (Orland Bloom, Keira Knightley et une musique de Klaus Badelt oblige) mais bon j'ai décidé de suivre Guillaume et d'aller quand même voir le gros divertissement de cet été. Et pâf quoi : c'est bizarrement écrit puisqu'il s'agit de la première partie d'un très long film (avec Pirates 3 qui sort l'an prochain) donc forcément bancal, la musique est ignoble et Orlando Bloom est toujours aussi nul... Mais voilà, ça pète ! Effets spéciaux réellement géniaux (petit topo ici sur le méchant, Davy Jones, qui est formidablement bien fait), scènes d'action marrantes et bien fichues, aventure, romance... On rigole pas mal et on s'amuse beaucoup. Johnny Depp est vraiment excellent... toujours à deux doigts de cabotiner...

Une heureuse surprise pour moi en tout les cas :)



Miaou, amateur de grosses productions Bruckheimer maintenant ?

The Squid and the Whale

The Squid and the Whale Critique
Réalisé et écrit par Noah Baumbach | Avec Jeff Daniels, Laura Linney, Owen Kline
Scénariste du dernier Wes Anderson (La Vie Aquatique avec Bill Murray), Noah Baumbach raconte au travers de son film Les Berkman se séparent (The Squid and the Whale en V.O., écho heureux de la jeunesse de l'aîné) sa jeunesse et le divorce de ses parents, deux éminents professeurs de lettre, écrivains et critiques. La famille doucement se désagrége, d'abord autour de la mère, accusée d'être la reponsable puis autour du père, qui a vampirisé ses enfants et les a rendus vides, uniquement capable de répéter, de copier une musique, une pensée et une schéma relationnel.

Chez Baumbach, on tombe nez à nez avec une comédie dramatique à la fois dramatique et comique : en plein milieu de la réunion de famille où ils parlent du divorce, le chat a été oublié et devient le centre des intérêts de tous.

Lancé à pleine vitesse par une mise en scène très hétéroclite (Super-16, musiques d'époque et partis pris visuels intéressants), le film s'ouvre pleinement et offre le panorama d'une famille qui se brise à jamais, emportant avec eux leurs enfants troublés (le plus jeune se masturbe et tartine son sperme sur les murs de son école - le plus grand copie les Pink Floyd et écoute son père comme on écouterait Jésus).

Un film puissant dans sa finesse et sa retenue, grandiose par ses thèmes et ses parti-pris !

Miaou, amateur de cinéma indépendant américain