29 novembre 2006

Babel

Babel
Critique

Réalisé par Alejandro Gonzalez Innaritu | Avec Brad Pitt - Cate Blanchett - Gael Garcia Bernal - Kôji Yakusho

Babel retrace 4 histoires "liées" entre elles. Au Japon une jeune fille muette se drogue et veut se taper un policier qui enquête sur une arme à feu de son père. Cette arme se retrouve entre les mains d'une famille marocaine sans le sou et que les enfants utilisent pour défendre un troupeau de moutons ; lors d'un jeu ils tirent sur un bus. Dans ce bus, se trimballe Cate Blanchett et Brad Pitt, couple américain en crise qui vient visiter le pittoresque Maroc après la mort de leur troisième enfant ; la balle touche Cate Blanchett qui a besoin de soins urgents. Alors que le couple tarde à rentrer du Maroc à cause de cet accident, la nourrice mexicaine des enfants de Pitt/Blanchett décide de les emmener avec eux au mariage de son fils, de l'autre côté de le frontière.


Et tout ça, avec de bonnes intentions et un peu de talent, ça aurait pu donner un film important, décisif même. Le problème, c'est qu'Inaritu et Arriaga, les scénaristes du film, se sont donnés comme mot d'ordre : misérabilisme. Là où Lars von Trier ou Michael Haneke réussisse à dépasser la simple étude de moeurs en montrant des gens pauvres ou dans des situations désespérées, les deux compères mexicains s'offrent deux heures de longue agonie.


Autant le dire tout de suite, les personnages de Babel sont stupides. Peut-être à l'image de l'homme, si on essaie de reprendre la (très très) subtile métaphore du titre. Sauf qu'à la longue, cette débilité profonde, digne d'une IA de jeu PC, rend le film profondément agaçant, ridicule et attendu. Si l'histoire de Blanchett/Pitt est très jolie, malgré sa lenteur et son classicisme, la partie au Japon est d'une rare nullité où l'on tente de nous faire découvrir une société qui communique mal à travers les yeux d'une sourde et muette perverse et névrosée. Merci pour la finesse.


Les deux autres histoires oscillent entre coup de (mal)chance et réactions complètement disproportionnées, voire carrément stupides. Je pense avoir suffisamment insisté là-dessus mais la psychologie de certains personnages de Babel approche celle d'un cactus. Nulle. Comme le film.



Miaou (pourquoi Kôji es-tu allé là bas ?)

Scoop

Scoop
Critique

Réalisé par Woody Allen | Avec Scarlett Johansson - Woody Allen - Hugh Jackman - Ian McShane

Sans attendre, allons droit au but et éclaircissons ce malentendu : Match Point était un Woody Allen classique et pas du tout inhabituel. Maintenant que vous avez bien assimilé ça, passons à son nouveau film : Scoop. Amusant d'ailleurs que l'accroche de ce nouveau film tourné en Angleterre (en attendant le troisième qui sortira l'an prochain) n'est rien d'autre que : "Après Match Point, une autre partie commence..."


Alors qu'on soit sérieux une seconde, mais Scoop est une petite merveille à la Woody Allen. Il faut dire que le petit a eu quelques moments de faiblesse ses dernières années (Anything Else) ou des films incompris (Melinda & Melinda) mais globalement, il s'est maintenu à un certain type de film que le spectateur a totalement assimilé. Ce qui est fort avec Scoop, c'est qu'il nous offre une aventure qui ne tient pas une demi-seconde la route ; depuis l'apparition d'un fantôme revenu des Enfers dans une armoire en plein milieu d'un tour de magie, jusqu'à résolution du film, un plan de Scarlett Johansson toute mouillée qui rappelle qu'elle était championne de natation.


A vrai dire, Woody Allen s'offre de petits moments de génie avec son rôle de magicien hypocrite et ses talents plutôt limités pour retenir des mots de passe et des codes. L'aspect comique du film, porté à bout de bras par le duo de choc Johansson/Allen, est la grosse réussite de Scoop. Johansson s'offre même le luxe de s'enlaidir au maximum, en s'appellant Sondra Pransky, en portant de grosses lunettes et en ayant un cul de cheval.



Et lorsque l'on pense qu'on a tout vu avec ce film, la comédie laisse le pas au thriller - merci Match Point qui est ici totalement parodiée à grand renfort de scène où le meurtrier prépare ses réactions de surprise et de tristesse. Le thème de la culpabilité, un thème important pour le très juif Allen, reste omniprésent chez le personnage de Johansson par un incessant va-et-vient entre son attirance pour Hugh Jackman et sa possible culpabilité. Quant à Wolverine, c'est encore une fois la possibilité de montrer qu'il est avant tout un acteur et un bon.


On est rarement déçu par un Allen. A la rigueur, une fois fini, on se rend compte que le film n'était que "ça". Avec Scoop, on se rend compte que le bonhomme a encore pas mal de choses à dire, à raconter et surtout encore des centaines de blagues sur les juifs.

"16 blue ponies, 21 airplanes, and 12 spinning midgets. "

Miaou

The Prestige

The Prestige
Critique

Réalisé par Christopher Nolan | Musique de David Julyan | Avec Hugh Jackman - Christian Bale - Scarlett Johansson - Michael Caine
Ne jamais dire jamais ! Voilà ce que j'ai appris quand j'étais un petit garçon, en regardant Fievel et le Nouveau Monde. Avec Insomnia et Batman Begins, les deux précédents films de Nolan, je m'étais dit que j'éviterais à l'avenir de voir des films du bonhomme. Sauf qu'entre temps il s'est lancé dans l'adaptation d'un livre de Christopher Priest, l'un de mes écrivains de SF vivant préféré.


The Prestige est un film steam-punk, enfin un ! Il parle de la rivalité entre deux magiciens jusqu'au point où la magie et l'illusion font place à la science et à la réalité - et à l'horreur. Que dire de ce film ? Nolan a eu le bon goût de s'entourer d'acteurs de taille, de costumiers et de décorateurs de talent. Mais il a eu le nez creux avec ce livre intéressant qu'il a parfaitement su adapter au cinéma, en mieux (nous en reparlerons dans un article sur l'adaptation).

Le film est complexe, fouillis, c'est une succession de mises en abîmes, de retournement de situation voire même de surprises parfaitement bien amenées. De ce côté-là, Nolan reste un as quand il s'agit d'écrire - son point faible étant bien évidemment la mise en scène. Un peu transparente, innocente, il ne manque pas grand chose pour transformer l'essai et réunir tous les atouts d'un grand film de maître.


The Prestige reste un film ambigu sur le cinéma actuel. Porté par un quatuor très réussi - Jackman prouve encore son talent, Bale reste un plat mais colle à son personnage -, sans parler des seconds rôles avec David Bowie, Andy Serkis ou Ricky Jay, le film vogue entre vrai magie et fausse science, à une époque où l'on recrée des mondes entiers à grand coup de Photoshop. Ce qui est fort avec The Prestige c'est qu'à aucun moment on a l'impression de ne pas vraiment être au 19ème siècle, calèches dans les rues et réverbères au gaz et c'est là où l'illusion - l'une des nombreuses de ce film à tiroirs - fonctionne à merveille.

Miaou

Engage !

J'ai décidé de passer à une vitesse supérieure de ce blog...

Premièrement personne ne vient le lire - ou alors très peu de gens. Les critiques de ce blog seront donc postées ici mais aussi sur mon autre blog, le moins sérieux Miaou's Third Life. Ensuite je vais arrêter de vous fournir en liens Allociné et rendre mes critiques plus courtes et plus denses.

Des articles théoriques feront aussi leurs apparition.

Bonne lecture aux quatre pélerins qui croisent cette route :)

Miaou

02 novembre 2006

Children of Men

Children of Men
Critique

Réalisé par Alfonso Cuaron | Musique (non-originale) de John Tavener| Avec Clive Owen - Julianne Moore - Michael Caine | Lumière de Emmanuel Lubezki
Synopsis : Dans une société futuriste où les êtres humains ne parviennent plus à se reproduire, l'annonce de la mort de la plus jeune personne, âgée de 18 ans, met la population en émoi. Au même moment, une femme tombe enceinte - un fait qui ne s'est pas produit depuis une vingtaine d'années - et devient par la même occasion la personne la plus enviée et la plus recherchée de la Terre. Théo est chargé de sa protection...

Mon avis : Je ne savais pas comment commencer cette critique, peut-être parce que le film est encore trop frais, peut-être parce que je n'ai pas vu le film autant de fois que l'aurais voulu. Quelque part, sur Terre, des producteurs ont du penser à moi en faisant ce film et y ont mis tout ce qu'il fallait pour me plaire. C'est vraiment comme ça que je vois les choses, puisque Children of Men est mon film préféré de cette année, même devant les epoustouflants Imposteur et autres Syriana.

Et pourtant Children of Men n'est pas un film facile. Son genre est l'anticipation et en découle naturellement une difficulté à suivre, à comprendre le film et à y entrer. Dans les quinze premières minutes, le film nous assomme d'informations qui vont nous permettre de construire le monde du futur dépeint dans Children of Men. Ce procédé, le même que dans tous les films d'anticipation, est peut-être ce qui empêche le genre d'être réellement apprécié à sa juste valeur. Dans Minority Report, le premier quart d'heure est neurasthénique, assomant d'informations bombardées à grand renfort de musique classique ; dans Total Recall, là encore, nous sommes aggressés par la télévision, les radios, les voix, les moments quotidiens qui sont très différents de nous - et qui nous demandent donc un moment d'adaptation nécessaire à la bonne compréhension du monde et donc de nous permettre d'anticiper et d'accepter le reste du film.

Children of Men débute par l'annonce de la mort de plus jeune humain sur la Terre, Baby Diego, âgé de 18 ans et quelques mois. Sur cette Terre infertile, il est devenu une star, un héros et, par rapprochement, l'enfant de toutes les mères et de toutes les femmes. Théo, interprêté par le génial Clive Owen achète son café dans un bar où tout le monde a les yeux fixés sur la télé, il sort dans la rue et on découvre un Londres à la hauteur du L.A. de Blade Runner : un monde en ruines, en déliquessence, aux portes de l'enfer. Il se verse un peu d'alcool dans son café et le bar dont il vient de sortir explose juste devant ses yeux. Une femme sort en hurlant, tenant dans sa main gauche son bras droit arraché. L'image et le son s'arrêtent et laissent place à un immense titre : Children of Men.

Le film débute ainsi, sans musique, dans un plan-séquence. Un plan qui dure approximativement deux minutes dans lequel est sorti d'un bar qui quelques secondes plus tard explose dans une rue avec des centaines de piétons et de voitures. Parlons du plan-séquence, puisqu'il est au coeur même de Children of Men. Hitchcock n'est pas le premier à l'utiliser mais lui offre quelques notes de noblesse dès sa période anglaise avec Young and Innocent et une caméra qui semble voler, traverser un grillage en croisillons, une salle de restaurant et vient filmer en très gros plan le tic facial du tueur que le héros cherche désespérement à attraper. Welles est aussi très connu pour ses plans interminables qui traversent plus murs et des fenêtres, des rampes d'escaliers - tout ça dans Citizen Kane - ou tout simplement un travelling suivant plusieurs personnages et une explosion et une longue discussion - dans le fabuleux Touch of Evil. Plus tard De Palma avec Carrie, Les Incorruptibles, Mission to Mars, Raising Cain ou encore Casualties of War...

Dernièrement c'est avec Spielberg que nous avons eu droit aux deux plans-séquences les plus étonnants de ces dernières années dans The War of the Worlds. Le second lors d'une scène de dialogue en voiture où la caméra virevolte autour des personnages et le premier, où l'on suit pendant deux minutes Tom Cruise poursuivit par un tripode. C'est à cette scène que Children of Men fait le plus penser. Le plan-séquence impose deux sensations au spectateur : une sensation de réalité puisque le montage - art essentiel et unique du cinéma - n'existe plus ; une sensation de proximité puisque le film semble plus vrai il rapproche le spectateur et l'émotion. Imaginons qu'on regarde deux photos l'une après l'autre ; notre cerveau doit analyser chaque image et donc recommencer à ressentir les émotions qu'elles dégagent. Le plan-séquence fonctionne ainsi : on oublie le montage, on voit avec les yeux du personnages et notre cerveau n'a pas besoin de s'habituer à une coupure et à voir une nouvelle image.

Dans Children of Men il y a une quantité de scènes remarquables. Techniquement le film atteint des sommets sans limites avec une scène de presque 10 minutes en voiture qui contient du ping-pong buccal, un accident, un meurtre, un deuxième accident avec une moto, une trentaine de figurants, quelques véhicules de police, une course poursuite puis le massacre de deux policiers. Tout ça en un seul plan où la caméra, au coeur de la voiture nous place d'une situation amusante et cocasse - les deux personnages s'envoient la balle de ping-pong avec leur bouche et la rattrape - à une situation d'horreur où un personnage prend une balle dans la gorge et que les autres tentent d'éviter la police et les pillards qui les ont attaqués.

Plus tard, on assiste à un accouchement dans un plan très long qui nous permet de voir le bébé sortir et de commencer à respirer. La suite du film est une longue suite de plans incroyables dont un plan de 15 minutes (quinze minutes) où Clive Owen est au coeur d'un guérilla urbaine, de l'explosion d'un immeuble, d'une prise d'otage, de l'arrivée d'une cinquantaine de militaires, de l'entrée dans l'immeuble détruit, de la montée des étages... Rien que pour son achievement technique, Children of Men mérite le détour, le coup d'oeil pour apprécier le génie et le talent à l'état pur.

Alfonso Cuaron avait réalisé précédemment Harry Potter 3, le meilleur épisode de la série qui offrait une quantités de plans sublimes, de plans-séquences étonnants et d'un monde plus noir et plus profond qu'auparavant. Avec Children of Men, Cuaron reste définitivement détaché de son sujet et de son histoire. La mort de personnages importants, l'importance de ce bébé pour l'humanité sont traités avec une froideur, une distance qui déroute et que les gens ne comprennent pas forcément. Loin de faire un film humain, il signe un film sur l'humanité, sur sa déchéance dans un monde que l'on ne connaît pas et qui semble trop souvent très proche de nous.

Conclusion : Déstabilisant, Children of Men l'est surement. Si sa technique est irréprochable et mérite même l'achat du DVD le matin de sa sortie, l'histoire et surtout la distance du film et de son sujet risque de ne pas plaire à tout le monde. Un film dont je parlerais pendant très, très longtemps.


Miaou, amateur de Children of men

The Queen

The Queen
Avis Express

Réalisé par Stephen Frears | Musique de Alexandre Desplat | Avec Helen Mirren - Michael Sheen - James Cromwell
Synopsis : Dimanche 31 août 1997. La princesse Diana meurt des suites d'un accident de voiture survenu sous le pont de l'Alma à Paris. Si cette disparition plonge la planète dans la stupeur, elle provoque en Grande-Bretagne un désarroi sans précédent. Alors qu'une vague d'émotion et de chagrin submerge le pays, Tony Blair, élu à une écrasante majorité au mois de mai précédent, sent instantanément que quelque chose est en train de se passer, comme si le pays tout entier avait perdu une soeur, une mère ou une fille. Au château de Balmoral en Ecosse, Elizabeth II reste silencieuse, distante, apparemment indifférente. Désemparée par la réaction des Britanniques, elle ne comprend pas l'onde de choc qui ébranle le pays. Pour Tony Blair, il appartient aux dirigeants de réconforter la nation meurtrie et il lui faut absolument trouver le moyen de rapprocher la reine de ses sujets éplorés.


Mon avis : Si j'avais été anglais, je pense que The Queen aurait été l'un de mes films préférés de l'année. Mise en scène propre et réussie, musique parfaite (de Alexandre Desplat), acteurs excellents et surtout un sujet très intéressant... pour les britanniques. Pourquoi la Reine n'a t-elle pas voulu parler à son peuple après la mort de Diana ? C'est la question que les sujets de la Couronne se sont posées pendant cette longue semaine qui est le gros de The Queen. Mais cette question ne m'intéresse pas - en tout cas pas suffisament pour réussir à entrer dans le film.

Conclusion : Assez amusant, mais fidèlement documenté, à deux pas du documentaire mais tout de même très fictionnel, The Queen est une réflexion sur le pouvoir, l'âge et le protocole britannique strict et infernal. Mais quelque part, les réflexions qui découlent du film - et surtout d'une scène qui m'a marqué où Tony Blair défend aggressivement l'attitude de la Reine devant son propre cabinet - sont plus intéressantes que le sujet même du film.

Miaou, amateur de couronnes des rois

Mémoires de nos Pères

Mémoires de nos Pères
Avis Express

Réalisé par Clint Eastwood | Musique de Clint Eastwood | Avec Jesse Bradford - Ryan Phillippe - Jamie Bell | Lumière de Tom Stern
Synopsis : Au cinquième jour de la sanglante bataille d'Iwo Jima, cinq Marines et un infirmier de la Navy hissent ensemble le drapeau américain au sommet du Mont Suribachi, tout juste repris aux Japonais. L'image de ces hommes unis face à l'adversité devient légendaire en l'espace de quelques jours. Elle captive le peuple américain, las d'une guerre interminable, et lui donne des motifs d'espérer. Pour mettre à profit cet engouement, les trois "porte-drapeaux" sont livrés à l'admiration des foules. Leur nouvelle mission : servir leur pays en vendant les précieux Bons qui financent l'effort de guerre. Le laconique John "Doc" Bradley, le timide Amérindien Ira Hayes et le fringant Rene Gagnon se prêtent au jeu avec un dévouement exemplaire. Ils sillonnent sans relâche le pays, serrent des milliers de mains et prononcent des allocutions. Mais, en leur for intérieur, une autre bataille se livre...


Mon avis : Je n'aime pas les films de guerre. Ils ne sont intéressants que lorsqu'ils nous proposent des choses nouvelles dans le fond (Furyo par ses thèmes, Le Pont de la Rivière Kwai par son immobilité, Indigènes par sa volonté de changer les choses) ou dans la forme (Saving Private Ryan en est le parfait exemple). Mémoires de nos Pères racontent cette histoire vraie de soldats américains transformés en commerciaux, histoire qui se répètent aujourd'hui dans la médiatisation extrème des guerriers réels ou fictifs dans les guerres actuelles.

Mais voilà, Eastwood semble avoir été obligé de nous servir quand même une bonne moitié de batailles sanglantes - à cause de Spielberg, producteur du film ? -, sans couleurs, sur une île volcanique sans végétation. Cette bataille reste lisible bien que volontairement répétitive et noie le spectaculaire avec le quotidien ; mais elle est moins réussie que l'incroyable débarquement du Soldat Ryan qui a atteint la perfection sonore, visuelle et émotionnelle. Le reste du film est une suite de scènes où les soldats répètent encore inlassablement les mêmes mot ("Les vrais héros sont ceux qui ont donnés leur vie à Iwo Jima") et qui se souviennent dans des flash-back incompréhensibles qui était qui, qui a fait quoi et surtout quel est ce sixième soldat sur le drapeau ?


Sauf qu'à force de noyer la narration, de briser la chronologie à grands renforts d'acteur inconnus et de voix-off dans tout les sens, Eastwood perd le spectateur et finit par transformer son film en un vulgaire film de guerre sans intérêt. Son message, pourtrant très fort, fini par disparaître, flou, incomplet, inachevé. La musique, pitoyable oeuvre du réalisateur lui-même, dessert totalement le film par un minimalisme échevelé, une longue plainte au piano, à la guitare, à la trompette, qui n'en finit pas d'être répétée à l'infini. On pourra aussi griller la dernière scène, longuement homo-érotique où le personnage de Ryan Phillippe observe ses amis se baigner en caleçon blanc transparent dans les vagues d'Iwo Jima, avec sur les lèvres un sourire trop équivoque.


Conclusion : Eastwood rate le coche avec sa bonne histoire de héros qui n'en sont pas et qui n'arrivent pas à l'accepter. Sa mise en scène sincère et réussie est malheureusement détruite par un scénario flou et bancal qui transforme le film en une très longue séance de torture. A noter que Ryan Phillippe est l'homme le plus beau du monde en marin.


Miaou, qui n'aime pas la guerre

Azur & Asmar

Azur & Asmar
Critique

Réalisé par Michel Ocelot | Musique de Gabriel Yared | Avec les voix de Cyril Mourali - Patrick Timsit
Synopsis : Il y a bien longtemps, deux enfants étaient bercés par la même femme. Azur, blond aux yeux bleus, fils du châtelain, et Asmar, brun aux yeux noirs, fils de la nourrice. Elevés comme deux frères, les enfants sont séparés brutalement. Mais Azur, marqué par la légende de la Fée des Djins que lui racontait sa nourrice, n'aura de cesse de la retrouver, au-delà des mers. Les deux frères de lait devenus grands partent chacun à la recherche de la Fée. Rivalisant d'audace, ils iront à la découverte de terres magiques, recelant autant de dangers que de merveilles...


Mon avis : Azur et Asmar est un film pour enfants. Donc normalement il ne peut être que moins bien qu'un vrai film. De plus c'est un film d'animation et là encore, il sera moins considéré, apprécié et reconnu. Triste sort pour ce petit bijou français qui est une somme de mélanges osés et réussis.


Mélange visuel tout d'abord : décors plats, hyper composés, chargés. Les arabesques du palais arabe sont lourdes de sens, dans un noir et blanc hypnotisant, les fleurs et la forêt germanique du pays d'Azur est chargé, imposante, étouffante de couleurs et de précision. Personnages dans une 3D d'un autre âge qui semblent souvent manipulés comme des marionnettes, aux mouvements etonnament gracieux et agréables. Et enfin les costumes, de larges applats de couleurs, sans relief, sans ombrage qui semble nous faire mentir : est-ce de la 3D ? est-ce de la 2D ? est-ce que c'est egyptien, normand, arabe... ? Du mélange visuel naît un sentiment d'internationalité, de mélange homogène de choses éparses et diverses qui détonne et fonctionne à merveille. Azur et Asmar, à l'instar de Kirikou, joue sur la vitesse, le rapport au théâtre, aux marionnettes, aux ombres chinoises.

Mais c'est le mélange des cultures qui rend le film si intéressant, complet et novateur. Si Azur parle français - et quelques mots d'arabes - son voyage dans le pays de sa nourrice n'est pas sous-titrée. Paradoxalement très bavard, le film se transforme littéralement en une sorte de film muet où l'on comprend un personnage au travers de ses émotions, de la situation et du ton de sa voix plus que par les mots. Dans une très belle scène de marché, deux marchands se moquent l'un de l'autre, s'attaquent, se lancent des piques... que le spectateur français moyen ne peut pas comprendre puisque entièrement en arabe. Et pourtant la magie opère et la salle éclate de rire !


Les adultes froids et distants trouveront ce film démagogique, répétitif et exaspérant. Les voix sont lentes, calmes, posées, l'histoire est une succession de scènes similaires qui ont pour but de faire comprendre aux enfants une chose précise. La construction du scénario repose sur la construction des contes avec une forte prédominance du chiffre trois : trois clés, trois portes, trois épreuves, trois objets magiques, trois couples... Mais l'enfant a besoin de cette répétition, de ces moments répétitifs qui lui permettent de saisir complétement la portée de l'oeuvre.

Conclusion : En plus de faire un film qui parle à moitié arabe sans sous-titres et d'oser mélanger des styles visuels totalement différents avec une parfaite réussite, Michel Ocelot est aussi un astucieux pédagogue qui offre aux enfants la chance de comprendre que - attention, niaiserie en approche - Azur et Asmar ont le même sang qui coule dans leurs veines, qu'importe leur couleur de peau, leur origine ou leur langue.


Miaou, amateur de Kirikou

Mala Noche

Mala Noche
Avis Express

Réalisé par Gus Van Sant | Avec Tim Streeter - Doug Cooeyate - Ray Monge
Synopsis : Un jeune homosexuel tombe fou amoureux de Johnny, un immigré mexicain clandestin qui ne parle pas un mot d'anglais et qui n'a même pas 18 ans...

Mon avis : Premier film de Gus Van Sant (réalisateur de Elephant, Last Days ou du remake de Psycho), histoire vraie adaptée d'une nouvelle, nous trimballe dans le silage d'un jeune homosexuel qui poursuit ce jeune immigré mexicain. Clairement fait avec trois centimes, de la pellicule toute pourrie et un paquet de bonnes idées, le film reste en-deça du minimum qualitatif qu'on attend d'un film dans une salle de cinéma. Reste une mise en scène déjà forte et inventive, très inspiré par Hitchcock et sa lumière expressionniste de l'époque anglaise, des idées et une volonté de faire les choses différemment.

Mala Noche n'est pas le meilleur film de Gus Van Sant mais il est son film-manifeste d'un style, d'un langage et d'une approche cinématographique unique.


Miaou, qui aime bien Gus