23 septembre 2006

Complot de Famille

Complot de Famille
Critique

Réalisé par Alfred Hitchcock | Musique de John Williams | Avec William Devane - Bruce Dern - Karen Black - Barbara Harris

Dernier film de Sir Alfred Hitchcock, Complot de Famille (Family Plot en anglais) est un film étrange qui mérite une attention toute particulière. Comme son film précédent, l'excellent et très anglais Frenzy, le casting de Complot de Famille est rempli d'inconnus. Si William Devane est plus connu aujourd'hui pour ses rôles dans les séries Côte Ouest (spin-off de Dallas), FX : Effets Spéciaux et 24 (où il joue le père d'Audrey Raines)... Karen Black s'est empressée d'aller tourner presque une quarantaine de navets de série B tandis que Barbara Harris a tout simplement disparue de la circulation au fur et à mesure des années. (A noter que Al Pacino et Jack Nicholson ont refusé de jouer dans ce film, Pacino pour des raisons d'argent et Nicholson parce qu'il tournait Vol au dessus d'un nid de coucou)

Et c'est important pour la suite : Hitchcock avait travaillé avec les plus grands : Cary Grant, Gregory Peck, James Stewart, Paul Newman, Grace Kelly, Sean Connery... Il est clair qu'après de nombreux échecs au box-office les producteurs se sont désintéressés de lui. C'était aussi le début du Nouvel Hollywood, un endroit où l'on ne fait plus des films comme Hitch. Entre les Dents de la Mer, le Parrain et Star Wars... les petits thrillers réglés comme des horloges ne fonctionnaient plus réellement.


Ce qui n'empêche que Complot de Famille est loin d'être dispensable. Clairement mineur dans une filmographie immaculée de ses années 50 et 60, ce film ne mérite pas qu'on lui crache dessus, sous pretexte d'un Hitchcock devenu avec l'âge encore plus caustique et cynique. Car voilà l'intérêt principal de ce film, c'est une nouvelle forme d'humour, qu'on avait entrevue dans Topaz et Frenzy (les deux films précédents) qui avaient déjà une odeur de fin du monde.

Dans Complot de Famille, deux couples que tout opposent se cherchent pendant la majeure partie du film. Le premier : un taximan (Bruce Dern) amoureux tantrique d'une jeune voyante un peu arnaqueuse (Barbara Harris) qui décide pour une grosse somme d'argent de retrouver le neveu d'une richissime vieille dame. Ce neveu en question s'avère être un bijoutier et sa femme qui kidnappent des gens importants en échange d'une rançon en diamants. Le premier couple cherche ce neveu disparu, abandonné pour éviter un scandale dans la famille, qui se fait passer pour mort. Le second s'aperçoit qu'un médium et un taximan les suivent en déduisent qu'ils savent pour leurs vols.


L'intrigue (écrite par Ernest Lehman - scénariste de North by Northwest) fonctionne donc à deux niveaux. Une enquête policière un peu classique mais agrémentée de perles grâce à Bruce Dern qui se fait passer pour un détective particulièrement miteux et de l'autre une intrigue plus hitchcockienne avec la poursuite d'innocents qui ne connaissent pas réellement la nature et l'importance du danger qui plane au-dessus d'eux (thématique de Psycho, North by Northwest... enfin la moitié des films de Hitchcock en résumé).

Les deux sont bourrés d'humour : si le couple "riche" a droit à un humour très hautain, qui joue sur la prétention, le couple "pauvre" est ancré dans un humour plus proche du slapstick. Lors d'une scène où ils tentent de résumer leur enquête, les deux héros dégustent des hamburgers juteux et savoureux qui rendent leur discours un peu confus ou, plus étonnant encore chez Hitchcock, le personnage de Bruce Dern a une perpetuelle envie de "conclure" avec la voyante... Et ce même au coeur du danger.

On pourra regretter bien sûr une fin un peu trop "too much" à grand renfort de clin d'oeil appuyée par l'actrice et des personnages étrangement fins (la vieille milliardaire, les deux policiers qui enquêtent sur les agissements du kidnappeur) mais encore une fois tout cela n'a qu'un seul objectif : faire rire et frissonner. Car bien sûr, un bon Hitchcock ne peut pas être bon sans du frisson. Lorsque les deux histoires se fusionnent enfin, on assiste à une scène de qui pro quo absolument ultime. La jeune médium annonce au kidnappeur qu'il est maintenant plus riche que riche - et surtout qu'elle va empocher 10 000 $ - qu'elle exprime à la fois soulagée et heureuse. En face d'elle, le kidnappeur et sa complice viennent tout juste de mettre dans leur voiture le corps inanimé d'un enlévement dont ils allaient récupérer le butin : ils sont sidérés par tant d'audace - rappelez-vous qu'ils pensent que Dern et Harris veut les arrêter - et surtout de témérité.


Rarement chez Hitchcock on n'avait assité à un tel carambolage d'intrigues. On pourrait citer Fenêtre sur Cour et son final épuisant de suspens où chaque minute amène un rebondissement supplémentaire. Mais avec Complot de Famille, la technicité de Hitchcock a faire fonctionner deux histoires en même temps, à les faire se croiser puis les faire se jeter l'une contre l'autre est maîtrisée à la perfection. D'un coup d'un seul, deux films que l'on croyait séparés fusionnent et deviennent le dernier film d'Alfred Hitchcock mais pas des moindres.

Dernier mot sur la musique. Séparé depuis Torn Curtain de son ami Bernard Herrmann et après avoir travaillé avec à peu près n'importe qui (Mancini rejeté puis Goodwin pour Frenzy, Maurice Jarre pour Topaz, Jon Addison pour Torn Curtain) rencontre enfin ce qui aurait pu être une longue et fructueuse collaboration : John Williams. Il réussit, tout comme Alfred Hitchcock a raconter deux histoires avec deux musiques qui s'opposent et s'attirent jusqu'au final sautillant et clinquant.


Bien loin d'être aussi morose que Torn Curtain et Topaz - surtout ce dernier que je trouve décevant - Hitchcock avait réussi avec ses deux derniers films à faire renaître quelque chose de son cinéma. Bien sûr son style est plus télévisuelle si on veut, moins expérimental qu'aurapavant. Mais à mes yeux, Complot de Famille restera un film unique et réussi.

Miaou, amateur de Sir Alfred Hitchcock


Le Cinéma de M. Night Shyamalan

Le Cinéma de M. Night Shyamalan
Arrêt sur Image

M. Night Shyamalan. Ce nom a fait pendant une dizaine d'années rêver une génération entière de spectateurs, cinéphiles ou non. Chacun de ses films a été porté par un public de connaisseurs pour ses qualités techniques et par un public de parfaits non-initiés qui étaient à chaque fois troublés par la fin. De ce cinéaste est venu une mode, celle du twist, un évènement important vers la fin du film qui change tout ce qu'on a vu précédemment. Il ne l'a pas inventé, il n'est pas le premier, mais il l'a rendu, avec Bryan Singer et son Usual Suspects, un modus operandi quasiment obligatoire pour les thrillers et les films fantastiques.

Mais voilà, depuis son succès interstellaire avec Sixième Sens en 1999, l'aura mystique et artistique de M. Night Shyamalan n'a cessé de décroître jusqu'à finalement l'amener à voir son dernier film en date, La Jeune Fille de l'Eau, descendu par la critique et le public.



Que s'est-il passé ? Qu'est-ce qui a transformé M. Night Shyamalan ? Qu'est-ce qui a changé ?

Et au fond, qui est réellement ce M. Night Shyamalan ?

  • La chute
En 1999 sortait sur les écrans l'histoire d'un psychiatre qui tentait d'aider un enfant qui voyait des fantômes. Histoire assez peu banale qui devient LE film à voir en cette fin de siècle avec un twist fabuleux que personne n'a vu venir. Il fallait voir Sixième Sens à l'époque et si on ne le voyait pas suffisamment vite, un parfait inconnu vous grillez la fin alors que vous faisiez la queue à la boulangerie.

Dès lors, M. Night Shyamalan est voué à une chute sans merci, une dégringolade sans fin dont il ne pourra en réchapper. Comment, dans l'esprit des spectateurs, faire mieux que Sixième Sens dont la perfection est son principal défaut. Quatre films plus tard à un rythme simple et calme, environ tout les deux ans, qui à chaque fois divise par deux la masse des amateurs de Shyamalan.


Si les premiers avaient adorés Sixième Sens, la moitié – disons toutes les femmes – n'ont pas aimés Incassable et puis encore la moitié – celle qui ne croît pas aux E.T. – n'a pas aimé Signes et puis encore la moitié – celle qui ne croît pas aux monstres – n'a pas aimé The Village et puis encore la moitié – celle qui ne croît pas au cinéma – n'a pas aimé La Jeune Fille de l'Eau.

Soyons francs, M. Night Shyamalan n'est pas un réalisateur facile. On a beau le comparer à Spielberg, à Hitchcock parfois, il est clair que Night n'a pas d'égal à proprement parler : celui d'un auteur qui fait passer un film expérimental pour un film grand public. On pourrait citer Lang ou Hitchcock mais on serait encore bien loin de la vérité. Ces deux hommes faisaient des films qui parfois allaient plus profondément dans leur genre jusqu'à déranger un certain establishment.


Chacun des films de M. Night Shyamalan sont un nouveau questionnement sur un genre, sur un style, sur un univers bien particulier qu'il va critiquer, questionner, retourner dans tout les sens et renverser.

Je vais donc aborder, dans les jours qui viennent le cinéma de Shyamalan grâce à trois axes de lecture : la Quête, la Frontière et le Destin.

A bientôt :)



Miaou, amateur de Manoj

13 septembre 2006

Flandres

Flandres
Critique

Réalisé par Bruno Dumont | Avec Samuel Boidin - Adelaïde Leroux

Synopsis : De nos jours, dans les Flandres, Demester et de jeunes gars du pays partent soldats dans un conflit lointain. Amoureux de la jeune Barbe, Demester supportait ses moeurs étranges et ses amants. Attendant les soldats, seule en Flandres, Barbe dépérit. Face à ce conflit, Demester se transforme en guerrier. Tragiquement, la guerre exacerbera les sentiments et les liens de ces deux êtres, les menant aux extrémités de leur condition.


Flandres - Grand Prix à Cannes faut-il le rappeler ? - est le quatrième film de Bruno Dumont. Illustre inconnu du grand public, il a pourtant déjà gagné le Grand Prix. Voilà rapidement le topo.

Flandres c'est surtout un film difficile à saisir, difficile à comprendre. Apolitique alors qu'il parle de guerre, asocial alors qu'il porte le titre d'une région qui est au coeur de nombreux films engagés, atypique en résumé. Dumont n'hésite pas à déstabiliser ses spectateurs, parfois au risque de les perdre totalement. Je suis franc, je n'ai pas du tout aimé ce film. Rien ne m'aurait plus fait plaisir que de sortir de la salle... et pourtant...

Et pourtant je ne crois pas avoir vu un film aussi intéressant depuis des années. Sa mise en scène est discrète, presque invisible sans tomber dans un faux documentaire à la Greengrass. Sa réalisation est sans style visible, sans fioritures. Il déclenche dès les premières minutes du film une sensation terrible que je n'avais encore jamais ressenti au cinéma : la peur du raccord. Cette peur du raccord - qui mérite un article à elle toute seule - c'est cette appréhension du plan suivant, qui va nous dévoiler une torture à la guerre tout aussi bien que la chatte de Barbe.


Grâce à son montage à l'image près, Dumont nous offre des allers-retours entre la guerre - désert, tanks, chevaux, torture, enfants-soldats, mort - et la Flandres - campagne, tracteurs, scooters, maladie, avortement, sexe. Les saisons passent en France alors que le climat, les lieux, les minutes semblent éternellement les mêmes à la guerre.

D'ailleurs c'est troublant de remarquer cet absence de politique. Un conflit étrange, contre un peuple arabe. On aimerait rapprocher Flandres à un film sur l'Irak - impossible - sur l'Algérie - aucune preuve. On se résoud à accepter que Flandres ne parle que d'Humain qui vivent Quelque part. Poussés à leur êtat animal le plus basique, ils couchent, ils tuent, il se font tuer, abandonnent leurs amis pour sauver leur peau, pour se venger.


En voyant le film, un réalisateur est tout de suite venu sur mes lèvres : Stanley Kubrick. Il arrivait à parler de ça lui aussi, plus que Haneke qui utilise des codes de genre et des ressorts dramatiques puissants ou plus que Lars von Trier. Il arrivait à parler de l'Homme comme s'il était déjà mort et qu'on faisait une étude sur lui et ses congénères. Dans tout ses films, l'être humain est une machine possédée par un fantôme, un être venu d'ailleurs, possédée par la guerre, par le sexe, par le couple. Il n'existe pas réellement le Tom Cruise de Eyes Wide Shut, le D'Onofrio de Full Metal Jacket, ni le Jack Nicholson de The Shining. Il en est de même pour Flandres, avec ses acteurs non-professionnels dont le ton prête souvent à sourire par leur naïveté et leur manque de talent.


Cette année à Cannes il y a eu deux films qu'on pourrait rapprocher. Le Vent se lève d'un côté, film social, politique, engagé, critique d'une époque, d'un peuple, d'un symbole, d'une liberté... De l'autre il y a Flandres, qui parle de l'Homme, comment il réagit dans l'horreur de la guerre, dans l'horreur de l'ennui. Il aurait peut-être fallu n'en faire qu'un : la portée humaniste du premier, le génie audiovisuelle du second. Mais voilà, le Ken Loach existe tout seul et Bruno Dumont conduit sa barque vers d'autres films que j'ai presque envie d'appeler "films de non-cinéma" simplement parce qu'on avait jamais vraiment vu quelque chose comme ça avant.


Miaou, amateur d'aspirine

L'Histoire d'Adèle H

L'Histoire d'Adèle H
Critique
Réalisé par François Truffaut | Musique de Maurice Joubert| Avec Isabelle Adjani - Bruce Robinson - Sylvia Mariott

Alors que la carrière de Truffaut bas de son plein - il vient juste de remporter un Oscar du Meilleur Film Etranger pour La Nuit Américaine - il écrit avec son complice Jean Gruault un film sur la vie d'Adèle Hugo, deuxième fille du célèbre auteur et homme politique. On suit son arrivée en Nouvelle-Ecosse, alors que la guerre entre Anglais et Américains gronde ; elle est venue là pour suivre son amour le Lieutenant Pinson, un Anglais qui ne l'aime pas. Son amour et sa folie la pousse à harceler le militaire, à risquer sa vie et la sienne pour cet amour qui n'est pas partagé. Traumatisé par la mort de sa soeur Léopoldine, harcelé par sa filiation, Adèle sombre dans la folie la plus totale.

Ce qui choque au premier abord avec ce film - mon deuxième Truffaut avec Farenheit 451 - c'est la mise en scène mélodramatique et pourtant jamais risible. Bouffées d'angoisse, larmes, déréliction... Adjani réussit à faire passer tout ça dans la même scène, parfois dans la même phrase. Chaque petit détail, chaque petit moment que Truffaut peut saisir - Adèle traînant dans les rues, attaquée par un chien, perdue dans cette terre qu'elle ne connaît pas - devient un moment de grâce.

Le film est entièrement musicalisé grâce aux morceaux de Maurice Joubert, décédé 35 années plus tôt et compositeur de Jean Vigo dont le film L'Atalante est un écho lointain à la détresse d'Adèle. Ce long passage rythmé par une musique entêtante, voit la lettre de la jeune femme annonçant un mariage qui n'existe pas - nous n'en sommes pas sûr, le spectateur n'a aucun indice - vers Guernesay où vit, exilé, Hugo. C'est dans le montage que le cinéma de Truffaut - à mes yeux de novice en ce réalisateur - semble exister. Dans le raccord le plus simple qui nous montre le Lieutenant regarder par la fenêtre un avenir noirçi par les agissements d'Adèle et, plan suivant, la jeune femme en haillons se faisant attaquer par un chien dans une ruelle déserte.

Elle lit ses lettres à voix haute et au fur et à mesure du film, sa main n'écrit presque plus ce qu'elle nous lit. Elle nous fixe, perdue, lointaine et ses mots, banals, usés, se transforment en appels au secours. Difficile de ne pas trouver astucieux et pratique de ne lire à haute voix que ce qui est lu par les personnages : quelques mots "Je, soussigné, Victor Hugo" dictés par une voix grosse et épaisse comme on se l'imagine, et nous avons saisi toute l'importance d'une des lettres qu'elle reçoit.

Romantique, voilà le mot qu'il faut appliquer à L'Histoire d'Adèle H. Chaque minute, chaque mot, chaque lettre, lue à haute voix par une Adjani fabuleuse transforme cette histoire en Histoire.




Miaou, amateur de Truffaut ?

Le Maître d'Armes

Le Maître d'Armes
Avis Express
Réalisé par Ronny Yu | avec Jet Li

Attention, attention : Le Maître d'Armes est un film chinois. Il se doit alors de comporter une forte morale patriotique, la preuve qu'un esprit sain est un corps qui travaille dans les champs, l'assurance de la grandeur du peuple chinois ainsi que la suprématie de l'Homme Chinois sur ses congénères étrangers (Europe, USA et Japon).

Que dire de plus ? On pourrait se contenter d'aimer les acrobaties de Jet Li et ses arts martiaux souvent impressionnants, on pourrait même se dire que la mise en scène de publicité a rendu les combats lisibles et clairs. A mes yeux, Le Maître d'Armes n'ai rien de plus qu'un film à la Jésus, sur le parcours douloureux et mal scénarisé d'un homme qui découvre la vraie voie de la sagesse dans la plantation de rizières.

Pas pour moi, merci.



Là où Tsui Hark transforme l'art martial en chorégraphie technique et violente, où les murs éclatent, où les hommes se battent sur des échaffaudages branlants, armés d'épées enflammées... Ronny Yu filme de l'art martial pur et simple, rendu clair par une mise en scène détestable. Jet Li est fatigant de lourdeur dans la première partie, gonflant d'assurance dans la seconde. Un film patriotique aux couleurs de la Chine, xénophobe et complaisant.


Miaou, amateur de films d'action apolitques

Pause

Petit message rapide sur la vie de ce blog.

Déjà j'ai vu pas mal de films donc préparez-vous pour les critiques de Flandres, Little Miss Sunshine ou encore Les Aventures du Baron Munchaunsen.

Ensuite j'ai proposé à deux personnes déjà de se joindre à moi pour écrire sur ce blog. Leurs critiques, leurs articles... ce blog risque donc de s'agrandir et de s'alourdir considérablement. Ca peut devenir très intéressant j'en suis sûr !

Et puis voilà. Vive le cinéma

06 septembre 2006

Nausicäa de la vallée du vent

Nausicäa
Critique
Réalisé par Hayao Miyazaki | Musique de Joe Hisaishi
Synopsis : Sur une Terre ravagée par la folie des hommes durant les sept jours de feu, une poignée d'humains a survécu. Menacée par une forêt toxique qui ne cesse de prendre de l'ampleur, cette poignée de survivants attend le salut de la princesse Nausicaä, capable de communiquer avec tous les êtres vivants.


Hayao Miyazaki vous le connaissez. Le Château Ambulant, Chihiro, Princesse Mononoke, Porco Ross, Kiki, Totoro... LE réalisateur d'animation japonaise le plus connu de la terre entière avec son fameux studio Ghibli ! Voilà enfin dans les salles françaises le premier film Ghibli (même si lorsque le film est sorti au Japon, Ghibli n'existait pas encore officiellement) et le premier long-métrage de Miyazaki.


Brossons rapidement un portrait du maître et de ses thèmes habituels : l'écologie, ici au centre du film, se surpasser pour réussir, verbe-clé pour toutes les héros et les héroïnes de Miyazaki et enfin les machines. Ce sont pour moi les trois thèmes les plus importants pour lui qu'il dépeint de diverses manières : l'industrie dans Mononoké, le ménage comme moyen d'exister dans Chihiro ; robots, châteaux et machines de guerre qui anéantissent le monde dans Le Château dans le Ciel et Le Château Ambulant. Nausicäa permet de découvrir ses trois thèmes tous réunis pour former un film fort et puissant sur la bêtise humaine en général qui voua le monde de Nausicäa à sa perte.


Ce qui est fort avec le réalisateur de Porco Rosso, c'est qu'il réussit habilement à faire passer ses messages qui deviennent alors évident pour les spectateurs habitués à tout voir que nous sommes. Chaque mot de Nausicäa, héroïne au grand coeur qui s'élance sans aucune peur dans le vide avec son planeur, et nous sommes complétement avec elle, émus par son charisme de personnage animé tout autant que par ses idéaux. Cette force, peu de films d'animation l'ont. On peut trouver Pocahontas ou Anastacia sympathique, jolie et bien membrée (je parle de la voix, attention) mais elle n'aura jamais la force d'un personnage de Miyazaki et surtout celle de Nausicäa.

Le film est long, éprouvant par ses rebondissements, son action, ses personnages et l'impression que derrière l'histoire que nous avons sous les yeux se cache un monde immense qui mériterait deux, trois, quatres films peut-être même une série ! C'est un univers hyper original, dont la ligne visuelle est assez proche de Moebius mais qui est dans sa narration, dans son déroulement, une petite merveille d'originalité et de talent !

En fait cette critique n'a qu'un seul but : vous forcer à voir du Miyazaki. Tous ses films, le plus vite possible. Maintenant. Allez !




Miaou, amateur de Hayao

Le Vent se Lève


Le Vent se Lève
Avis Express

Réalisé par Ken Loach | Musique de George Fenton | Avec Cillian Murphy | Lumière de Barry Ackroyd

Synopsis : Irlande, 1920. Des paysans s'unissent pour former une armée de volontaires contre les redoutables Black and Tans, troupes anglaises envoyées par bateaux entiers pour mater les velléités d'indépendance du peuple irlandais. Par sens du devoir et amour de son pays, Damien abandonne sa jeune carrière de médecin et rejoint son frère Teddy dans le dangereux combat pour la liberté...


Mon avis : La Palme d'Or c'est souvent un film moyen, qui raffle la mise parce que les jurés doivent bien se mettre d'accord sur un film en particulier. Le résultat est quasiment toujours détestable et il est préférable de jeter un oeil du côté de deux prix qui sont réellement intéressants : le Grand Prix (cette année Flandres) et le Prix de Mise en Scène (Babel... qui sort dans quelques temps).

Donc Le Vent se Lève... Bien sûr, comme toujours dans le cadre d'un film historique et politique de critiquer la forme sans qu'on ait l'air d'attaquer le fond. Filmé avec une distance que j'ai trouvé gênante, des cadres semblables à ceux d'un match de football, le film possède tout de même des acteurs fabuleux qui de leur irish accent donne au film un cachet à la limite du documentaire. Sauf que son histoire de frères plus ou moins ennemis, l'un pacifiste et socialiste, l'autre belliqueux et traditionnaliste est mal amené et ne fonctionne parce que ce genre d'histoire, même mal amené, est toujours belle.

Sans être un mauvais film, Le Vent se Lève est un film mou et détaché qui va surement emporter le coeur des irlandais et même des anglais qui vont peut-être découvrir un pan de leur histoire. Ils sont dépeints comme des fascites à la limite des nazis et ça n'a pas été sans déplaire au gouvernement britannique. L'Histoire est écrite par les vainqueurs, Le Vent se Lève en est la preuve (moyenne).



Miaou, amateur de cinéma

La Science des Rêves

La Science des Rêves
Avis Express

Réalisé par Michel Gondry | Musique de Jean-Michel Bernard | Avec Gael Garcia Bernal - Charlotte Gainsbourg - Miou-Miou - Emma de Caunes | Lumière de Jean-Louis Bompoint
Synopsis : Venu travailler à Paris dans une entreprise fabriquant des calendriers, Stéphane Miroux mène une vie monotone qu'il compense par ses rêves. Devant des caméras en carton, il s'invente une émission de télévision sur le rêve. Un jour, il fait la connaissance de Stéphanie, sa voisine, dont il tombe amoureux. D'abord charmée par les excentricités de cet étonnant garçon, la jeune femme prend peur et finit par le repousser. Ne sachant comment parvenir à la séduire, Stéphane décide de chercher la solution de son problème là où l'imagination est reine...

Mon avis : Michel Gondry... grand clippeur devant l'éternel, reponsable du meilleur (quelques clips de Björk et de quelques autres clips absolument géniaux) et du pire (quelques clips de Björk et de quelques autres clips absolument affreux). Voilà trois films qu'il nous offre sa vision du cinéma. Si les deux précédents (Human Nature avec Rhys Ifans, Patrica Arquette et Tim Robbins - Eternal Sunshine... avec Jim Carrey et Kate Winslet) étaient écrits par Charlie Kauffman, son premier film "français" est écrit par Michel Gondry himself.

Résultat ? Un film à moitié anglophone, barré, rempli de bricolages et de rêves bricolés, de musique bricolée, d'une histoire bricolée... Enfin bon, vous avez compris, La Science des Rêves n'a d'intérêt que si vous réussissez à entrer dans l'univers dément (dans les deux sens du terme) et parfois désagréable. Rien que dans son personnage principal, on ne sait pas si Gondry veut nous attendrir en brossant le portrait d'un adulescent sans vrais parents, qui n'a jamais grandi et dont la vie se résume à jouer et à... bricoler.

Ou alors est-ce qu'il veut nous dire que malheureusement, le triste monde dans lequel nous vivons est un monde où les enfants mal grandis, les fous, les gens décalés sont des gens voués à leur perte ? Difficile de saisir le message de Gondry, tout du moins explicitement.

Gondry, je t'aime. Enfin je t'aime un peu et j'aimerais beaucoup que tu retournes aux USA faire des films avec des scénaristes. N'importe quel autre scénariste. Et Jon Brion à la musique.


Miaou, amateur de vrais films

Miami Vice

Miami Vice
Avis Express

Réalisé par Michael Mann | Avec Colin Farrell - Jamie Foxx - Gong Li| Lumière de Dion Beebe

Synopsis : Miami... Deux agents fédéraux et la famille d'un informateur ont été sauvagement exécutés. Une nouvelle enquête commence pour Sonny Crockett et son coéquipier Ricardo Tubbs, avec une certitude : la fuite qui a permis ce massacre en règle provenait des sommets de la hiérarchie... Les deux inspecteurs découvrent rapidement que les tueurs étaient au service de la Fraternité Aryenne, organisation suprématiste liée à un réseau de trafiquants internationaux doté d'un système de protection ultra-sophistiqué. Poursuivant leurs investigations, les deux partenaires prennent contact avec l'administratrice financière du cartel, Isabella, une sinocubaine aussi experte en investissements et transferts de fonds qu'en blanchiment d'argent. La séduisante Isabella offre contre toute attente à Sonny une chance d'exorciser ses démons...

Mon avis : Michael Mann, réalisateur au goût 80's, à l'ambiance boîte de nuit et chansons de Moby a tout va, qui en 10 ans a réalisé Heat, The Insider (Révélations), Ali, Collateral et Miami Vice soit, des films phares et forts d'une esthétique toute particulière. Caméra numérique, tubes technos, action et violence gore voilà ce qui vous attend avec Miami Vice, quasi-remake de la série originelle dont peu d'ingrédients ont été gardés à part... deux flics. Le résultat, naviguant entre action haut de gamme et scènes contemplatives léchées, est à la hauteur de ses succès d'autrefois. Rien à redire à cette intrigue complexe mais simple à suivre, à un rythme très étrange porté par une lumière HD de toute beauté.
Réjouissant de par son esthétique, le film de Michael Mann s'est entouré d'un goût de violence urbaine et que, ironiquement, la télé n'a jamais affiché. Une réussite dans le cinéma américain à pop-corn d'aujourd'hui.




Miaou, amateur de Colin Farrell... un film sur deux !

Police

Police
Avis Express

Réalisé par Maurice Pialat | Avec Gérard Depardieu - Sophie Marceau - Richard Anconina | Lumière de Luciano Tovoli


Synopsis : "Un flic doux, mais quand il s'enerve, dur, une fille qui ment tout le temps mais qui l'impressionne, un tueur et un voyou malades, un assassin de vieilles dames, une petite vieille qui connait la combinaison du coffre, et pour couronner le tout, une affaire de drogue."

Il y a quelques temps était sorti au cinéma un film qui n'avait pas mal marché du tout : Le Petit Lieutenant avec Jalil Lespert et Nathalie Baye. Mise en scène proche des acteurs, lorgnant sur le documentaire sans perdre un soupçon de beaux mouvements mais surtout une histoire qui semblait être "la vraie vie". C'est tout à fait le même système avec ce Police de Maurice Pialat (1985) où Depardieu campe dans un rôle à sa mesure et sa violence souterraine un policier plus vrai que vrai.

Parlons de cette violence justement. Intéressant de voir à quel point ce cinéma inspiré de la Nouvelle Vague, sans musique, à la bande sonore remplie de dialogues d'ambiance et bon mots (signés Catherine Breillat entre autres)... est un cinéma qui se passe aisément d'action. Il ne se passe à peu près rien dans Police : un policier entre en courant dans un appart, un homme se fait poignarder dans la nuit noire, une voiture qui roule un peu vite... Et pourtant le film parle d'une violence secrète, autant chez les flics que chez les voyous. Même le personnage de Sophie Marceau, petite menteuse afflubée d'un transporteur d'héroïne, transporte cette violence qui la force à cacher la vérité, à être quelqu'un d'autre.

C'est au final au coeur de ce qu'on pourrait appeler un "film de flic" comme la télé française nous en produira des centaines entre 1985 et aujourd'hui que ce joue la critique d'une époque et d'une société où les classes sociales et raciales sont comme de la nitroglycérine. Dommage que Navarro et Julie Lescaut n'ont pas été capable de faire transpirer avec autant de réussite ces thèmes et ces constats que le film de Maurice Pialat.


Miaou, amateur de petites minettes menteuses jolies comme Marceau !

03 septembre 2006

Ma liste ^^


Voilà la liste des films que j'ai téléchargé et que je vais regarder. Vont se joindre ça tout les Hitchcock qui me manquent (donc pas mal) et puis d'autres Grands Classiques... plus d'animation la prochaine fois et puis surtout un peu plus de films américains !

# Alexandre Nevski (S. Eisenstein)
# Alphaville (J-L Godard)
# Andrei Roublev (A. Tarkovski)
# Audition (T. Miike)
# Betty (C. Chabrol)
# Breaking the Waves (L. von Trier)
# Code 46 (M. Winterbottom) curiosité de fan de SF
# Dolls (T. Kitano)
# Hiroshima mon Amour (A. Resnais)
# Jellyfish (K. Kurosawa) je parle bien de Kiyoshi Kurosawa et pas d'Akira... ils n'ont aucun liens à part être géniaux (enfin je connais pas encore Akira)
# Jules & Jim (F. Truffaut)
# Kids Return (T. Kitano)
# La Ballade de Narayama (S. Imamura)
# La Règle du Jeu (J. Renoir)
# La Taverne de Jamaïque (A. Hitchcock)
# L'Année Dernière à Marienbad (A. Resnais)
# Le Château de l'Araignée (A. Kurosawa)
# Le Salaire de la Peur (H-G. Clouzot)
# Les Idiots (L. von Trier)
# L'Histoire d'Adèle H. (F. Truffaut)
# Malevil (C. de Chalonge) parce que je dois adapter le livre et que je veux voir ce qu'il faut faire ou ne pas faire ^^
# Mon Oncle d'Amérique (A. Resnais)
# Ordet (C. T. Dreyer)
# Pierrot le Fou (J-L Godard)
# Police (M. Pialat)
# Rashomon (A. Kurosawa)
# Rebecca (A. Hitchcock)
# Sauve qui peut la Vie (J-L Godard)
# Sexy Beast (J. Glazer) le réalisateur de Birth
# Solaris (A. Tarkovski)
# Solaris (S. Soderbergh)
# Sous le Soleil de Satan (M. Pialat)
# Stalker (A. Tarkovski)
# Trois Couleurs : Rouge (K. Kieslowski)
# Une Affaire de Femmes (C. Chabrol)
# Une Femme Disparaît (A. Hitchcock)
# Velvet Goldmine (T. Haynes) par pure curiosité

Vous remarquerez les deux Solaris. J'ai déjà vu le Soderbergh... mais je me suis trouvé le livre de Stanislas Lem et je veux comparer le livre et les deux films !!


Donc voilà mon programme pour trois ou quatre semaines qui approchent !


Miaou, amateur de

Nuit & Brouillard

Nuit & Brouillard
Avis Express

Réalisé par Alain Resnais | Musique de Hanns Eisler | Avec la voix de Michel Bouquet.

En 1955, alors que la France commence tout juste à s'enliser dans la guerre en Algérie, un documentaire d'une trentaine de minutes sort sur les écrans. C'est un film de Alain Resnais, qui enchaîne après des dizaines de films institutionnels au ton moderne et décalé, un documentaire écrit par un déporté, raconté par Michel Bouquet, sur les camps de concentration et la machine infernale S.S.. Alternant entre plans en couleurs des camps aujourd'hui (travellings sur d'interminables latrines, longs plans qui glissent sur le mur des chambres à gaz gratté par les ongles) et images d'archive, photos, vidéos... des camps, des nazis, des déportations, Alain Resnais raconte et montre ce qu'il se passait là-bas.

Même si on ne peut pas dire qu'il s'agit du premier documentaire sur ces atrocités et surtout pas du plus important ou du plus juste ou du plus honnête avec l'histoire, c'est celui qui à mes yeux et le plus artistique dans tout les sens du terme. Non seulement il transporte avec lui une esthétique toute particulière qui rappelle certains travaux de Jean Rouch sur le même sujet, il est aussi vecteur d'un message destiné aux français.

Il ne dit jamais "juif", jamais "Shoah" et quand il parle de religion, il nous montre un livre indéfini ou nous parle d'un "Dieu" sans le nommer. Pour lui, les camps de concentration, la mort par centaines, les images chocs de ces cadavres que l'on enterre au tractopelle, ces squelettes vivants construisant leurs propres tombes... Tout ça est pour lui l'occasion de rappeler que l'homme oublie constamment. A peine cette guerre et ses atrocités découvertes, que d'autres se produisent à deux pas de là, en Algérie. Et les derniers mots de Bouquet sont clairs : il y aura beau avoir des avertissements comme Auschwitz, l'histoire se répétera encore et encore.

Film court, choc, violent, emmené par une musique omniprésente et envahissante, Nuit et Brouillard dépasse le cadre d'un documentaire sur la Shoah, la déportation et même le nazisme en Europe. Loin de nombreux documentaires qui se posent des questions plus religieuses, politiques ou ethniques, le film de Resnais est la preuve de la stupidité, la bêtise et de l'amnésie humaine, surtout 50 ans après la sortie du film




Miaou, amateur d'humain

02 septembre 2006

Vie et Mort d'un personnage de cinéma

Vie et Mort d'un personnage de cinéma
Arrêt sur Image

Montrer. Voir. Deux des mots les plus importants du cinéma puisqu'ils en sont l'essence même. Le cinéma c'est l'image, le mouvement. Si le cinéma n'est pas le seul art à profiter du cadre et du hors–cadre (la B.D., la peinture…), le cinéma c'est surtout le montage.

Ma question sera simple : a t–on le droit de tout montrer au cinéma ? Parlons tout d'abord de mon expérience personnelle. Dans Agape, je raconte l'histoire d'une jeune femme qui, par amour, tue son mari malade et le mange.

Voilà comment j'ai découpé ça : une scène où elle assassine son mari en l'étouffant avec un oreiller, suivi par une scène où elle fait la cuisine, une scène où elle est gênée qu'on parle de son mari, une scène où elle est seule, une scène où elle cherche de la viande dans un bac de congélateur, une scène où elle mange.

On n'a pas vu la partie charcuterie et pour une bonne raison : je n'en avais pas du tout les moyens. Et même si je les avais eu, je ne l'aurais pas montré. Globalement il est préférable pendant tout un film, surtout quand il s'agit d'un film court, de rester dans un même ton. Si j'avais inséré une scène où la femme lance de grands coups de hache et se prend une giclée de sang en plein visage, tout le côté psychologique et dramatique aurait perdu son intérêt au profit du grand guignol pur. A la place, je fais le raccord suivant : elle étouffe son mari et soudain, grand bruit de couteau qui découpe sur une planche en bois une carotte, des oignons et puis de la viande. C'est très médical, sans paroles, juste avec le bruit du couteau qui coupe les ingrédients.

Ce raccord normalement, même s'il ne dit rien ouvertement permet de se lancer sur la piste du meurtre et surtout du cannibalisme. Tout du moins c'est comme ça que je l'ai voulu. Dans la tête des gens, l'imagination – si elle existe – a fait le travail et on se dit : "punaise, c'est peut–être son mari…"

Prenons maintenant exemple sur Shyamalan, dans un registre différent, avec The Village. Au milieu du film, le personnage principal est brutalement agressé par le personnage d'Adrian Brody, le crétin du village. Comment cela est–il montré ? Lucius (Joaquin Phoenix) va se marier avec la meilleure amie de Noah (Adrian Brody). Une première scène dans laquelle on voit plusieurs filles féliciter sa future femme, Ivy et puis la scène. On y découvre Noah, triste, abattu, qui vient rendre visite à Lucius. Ce dernier le laisse rentrer, lui tourne le dos, lui explique que Ivy l'aime aussi, d'un amour différent. Il se retourne et… s'arrête. Il baisse les yeux et on découvre un couteau qui ressort de la plaie. Pas de son, pas de musique, rien que ce plan horrible où l'on découvre un couteau qui ressort d'une plaine. Lucius s'écroule, Noah s'en va. Plan général au ras du sol où l'on voit Lucius perdre connaissance… Soudain Noah revient, hésite… et poignarde Lucius une dizaine de fois. Pendant ce plan, par un souçi de pudeur, la caméra zoome sur un coin de la pièce et nous cache le meurtre qui est maintenant inaudible du fait de la musique (et puis des coups de couteaux ça fait pas beaucoup de bruit).

Qu'est–ce qu'on peut dire de cette scène ? Premièrement Shyamalan sait exactement ce qu'il a le droit de montrer. Ensuite il ne montre que des débuts et des fins d'actions, qui, par leur manque de continuité, comme des arrêts sur images, interpellent et étonnent.

Mais surtout, Shyamalan ne veut pas nous faire souffrir : Lucius est considéré depuis le début du film comme le héros, un peu étrange et décalé dirons–nous, silencieux et touchant… C'est un garçon, il apparaît en premier au générique de début, il est amoureux de la jolie fille (aveugle), il est fort, courageux et c'est Joaquin Phoenix… C'est le héros pour chaque spectateur et l'agresser, le tuer, c'est tuer le spectateur.

Cela fonctionne parce qu'on s'identifie à lui. Dans The Shining de Stanley Kubrick, dont je parlerais un peu plus tard, on ne s'identifie pas au personnage de Jack Nicholson.

Shyamalan respecte à moitié une règle d'or : on ne tue pas un personnage attachant. Le tuer c'est briser le lien qui opérait entre lui et le spectateur. Autre exemple : Man on Fire de Tony Scott. Un ancien militaire, Denzel Washington, est engagé comme garde du corps d'une petite fille jouée par Dakota Fanning. Bien sûr, ils se font attaquer et la petite fille se fait enlever. Washington est blessé, tombe dans le coma… Et quand il se réveille on lui apprend que la petite fille est morte.

C'est là que Scott fait une erreur monumentale. Au cinéma, les gens meurent parfois dans le champ, parfois hors–champ, le plus souvent on les voit être attaqués par une bête, traînés dans la forêt et on entend un cri horrible signifiant : je suis mort. On les voit se prendre des balles, on voit leur voiture prendre feu… Mais dans un film d'action, on ne nous dit jamais : "Truc est mort." Tant qu'on ne l'a pas vu, il n'est pas vraiment mort.

Une fois que Denzel Washington sort de l'hôpital, il chercher à venger la mort de Dakota Fanning et cela nous entraîne sur la terre d'un film revanchard sans grand intérêt jusqu'à ce qu'il découvre que la petite fille n'est bien sûr pas vraiment morte…

Mais ça, on le sait. On le sait puisqu'on a rien vu. Shyamalan nous montre un peu de l'attaque tout comme Hitchcock nous offrait dans Psycho la mort en direct de son héroïne au milieu du film.

Petite parenthèse sur Hitchcock d'ailleurs, son chef d'œuvre Vertigo comporte une erreur assez similaire à celle de Tony Scott. Lorsque Madeleine tombe du clocher la première fois, on ne voit pas qu'elle est morte. Même si on a compris et entendu qu'elle était morte, le fait qu'on n'est pas vu son corps en bas du clocher, nous permet de douter de sa mort et donc de croire plus facilement à sa résurrection dans la seconde partie – sublime – du film.

Parlons aussi de Syriana. Au début du film Matt Damon et sa femme vont avec leurs deux garçons passer le week–end dans la maison d'un grand émir du pétrole. Un de ses enfants essaie de s'intégrer avec les autres enfants présents et ils vont jouer au jeu du requin : il se met au centre de la piscine et doit attraper les autres enfants qui passent autour de lui.

Sauf que voilà, l'émir vient juste d'avoir la maison et tente de faire fonctionner ses installations… Gros plan sur le lampadaire dans la piscine : la vitre est cassée et l'ampoule grésille sous l'eau. L'émir allume et éteint sans arrêt. Les enfants poussent le fils de Damon a plongé… Il saute et en tombant dans l'eau, meurt, éléctrocuté. On découvre un plan simple et horrible : l'enfant sous l'eau nous fait face, les yeux grands ouverts, mort.

Ce qui est affreux avec cette scène, c'est que la mort est tout aussi spectaculaire qu'elle n'implique ni explosion, ni arme à feu, ni deux mafieux, une pelle et de l'orage. Non, c'est une mort qu'on ne voit pas et qui pourtant est fatale !

Arrêtons nous maintenant sur le film qui montre tout : The Shining de Stanley Kubrick. Jack Nicholson interprète Jack Torrance, romancier en panne d'inspiration qui va garder un hôtel pendant l'hiver, avec sa femme Wendy et son fils Danny. Ce dernier nous est montré dès le début du film comme un petit garçon troublé par une schizophrénie… Enfin bon. Les voilà qui s'installent dans l'immense hôtel et ne tardent pas à croiser le chemin de fantômes qui rendent peu à peu Jack Torrance fou.

Danny croise deux jumelles assassinées et Kubrick nous les montre, rapidement mais quand même. Il nous offre une porte d'ascenseur qui s'ouvre et d'où se déverse des flots de sang, image qui revient plusieurs fois dans le film. Un pauvre noir qui marche dans un couloir et se fait planter une hache dans le torse sans avoir le temps de crier…

Kubrick nous montre tout. Et cela est rendu possible tout simplement parce que les personnages de Kubrick, comme dans tout ses films, sont des fantômes, des êtres perdus, sans but, qui n'existent pas réellement. Wendy est complètement absente la première partie du film, Danny n'est que très peu utilisé et ils n'ont pas l'impression de vivre : ils ne mangent pas, ils ne dorment jamais réellement… Ils sont toujours à cran et réveillés dans cet hiver éternel qui entoure l'hôtel. Il a alors le pouvoir de nous montrer (même si heureusement il n'en a pas besoin) la mort de ses personnages puisque malgré tout ce qu'ils ont endurés, ils ne nous sont pas proches et attachants comme Lucius de The Village ou Janet Leigh de Psycho. Ce n'est pas une erreur, c'est le style, le ton de Kubrick dont tout les films peignent des histoires de gens qui n'existent pas réellement.

Pour conclure, vous remarquerez que je me suis éloigné de mon sujet… Et bien non ! Le plus important n'est pas de montrer ou de ne pas montrer la violence et donc la mort d'un personnage (qui me semble être la violence ultime) mais c'est de savoir comment le faire adroitement pour que cette mort soit naturelle !


Miaou, amateur de Nicolas