13 septembre 2006

Flandres

Flandres
Critique

Réalisé par Bruno Dumont | Avec Samuel Boidin - Adelaïde Leroux

Synopsis : De nos jours, dans les Flandres, Demester et de jeunes gars du pays partent soldats dans un conflit lointain. Amoureux de la jeune Barbe, Demester supportait ses moeurs étranges et ses amants. Attendant les soldats, seule en Flandres, Barbe dépérit. Face à ce conflit, Demester se transforme en guerrier. Tragiquement, la guerre exacerbera les sentiments et les liens de ces deux êtres, les menant aux extrémités de leur condition.


Flandres - Grand Prix à Cannes faut-il le rappeler ? - est le quatrième film de Bruno Dumont. Illustre inconnu du grand public, il a pourtant déjà gagné le Grand Prix. Voilà rapidement le topo.

Flandres c'est surtout un film difficile à saisir, difficile à comprendre. Apolitique alors qu'il parle de guerre, asocial alors qu'il porte le titre d'une région qui est au coeur de nombreux films engagés, atypique en résumé. Dumont n'hésite pas à déstabiliser ses spectateurs, parfois au risque de les perdre totalement. Je suis franc, je n'ai pas du tout aimé ce film. Rien ne m'aurait plus fait plaisir que de sortir de la salle... et pourtant...

Et pourtant je ne crois pas avoir vu un film aussi intéressant depuis des années. Sa mise en scène est discrète, presque invisible sans tomber dans un faux documentaire à la Greengrass. Sa réalisation est sans style visible, sans fioritures. Il déclenche dès les premières minutes du film une sensation terrible que je n'avais encore jamais ressenti au cinéma : la peur du raccord. Cette peur du raccord - qui mérite un article à elle toute seule - c'est cette appréhension du plan suivant, qui va nous dévoiler une torture à la guerre tout aussi bien que la chatte de Barbe.


Grâce à son montage à l'image près, Dumont nous offre des allers-retours entre la guerre - désert, tanks, chevaux, torture, enfants-soldats, mort - et la Flandres - campagne, tracteurs, scooters, maladie, avortement, sexe. Les saisons passent en France alors que le climat, les lieux, les minutes semblent éternellement les mêmes à la guerre.

D'ailleurs c'est troublant de remarquer cet absence de politique. Un conflit étrange, contre un peuple arabe. On aimerait rapprocher Flandres à un film sur l'Irak - impossible - sur l'Algérie - aucune preuve. On se résoud à accepter que Flandres ne parle que d'Humain qui vivent Quelque part. Poussés à leur êtat animal le plus basique, ils couchent, ils tuent, il se font tuer, abandonnent leurs amis pour sauver leur peau, pour se venger.


En voyant le film, un réalisateur est tout de suite venu sur mes lèvres : Stanley Kubrick. Il arrivait à parler de ça lui aussi, plus que Haneke qui utilise des codes de genre et des ressorts dramatiques puissants ou plus que Lars von Trier. Il arrivait à parler de l'Homme comme s'il était déjà mort et qu'on faisait une étude sur lui et ses congénères. Dans tout ses films, l'être humain est une machine possédée par un fantôme, un être venu d'ailleurs, possédée par la guerre, par le sexe, par le couple. Il n'existe pas réellement le Tom Cruise de Eyes Wide Shut, le D'Onofrio de Full Metal Jacket, ni le Jack Nicholson de The Shining. Il en est de même pour Flandres, avec ses acteurs non-professionnels dont le ton prête souvent à sourire par leur naïveté et leur manque de talent.


Cette année à Cannes il y a eu deux films qu'on pourrait rapprocher. Le Vent se lève d'un côté, film social, politique, engagé, critique d'une époque, d'un peuple, d'un symbole, d'une liberté... De l'autre il y a Flandres, qui parle de l'Homme, comment il réagit dans l'horreur de la guerre, dans l'horreur de l'ennui. Il aurait peut-être fallu n'en faire qu'un : la portée humaniste du premier, le génie audiovisuelle du second. Mais voilà, le Ken Loach existe tout seul et Bruno Dumont conduit sa barque vers d'autres films que j'ai presque envie d'appeler "films de non-cinéma" simplement parce qu'on avait jamais vraiment vu quelque chose comme ça avant.


Miaou, amateur d'aspirine

Aucun commentaire: