02 novembre 2006

Azur & Asmar

Azur & Asmar
Critique

Réalisé par Michel Ocelot | Musique de Gabriel Yared | Avec les voix de Cyril Mourali - Patrick Timsit
Synopsis : Il y a bien longtemps, deux enfants étaient bercés par la même femme. Azur, blond aux yeux bleus, fils du châtelain, et Asmar, brun aux yeux noirs, fils de la nourrice. Elevés comme deux frères, les enfants sont séparés brutalement. Mais Azur, marqué par la légende de la Fée des Djins que lui racontait sa nourrice, n'aura de cesse de la retrouver, au-delà des mers. Les deux frères de lait devenus grands partent chacun à la recherche de la Fée. Rivalisant d'audace, ils iront à la découverte de terres magiques, recelant autant de dangers que de merveilles...


Mon avis : Azur et Asmar est un film pour enfants. Donc normalement il ne peut être que moins bien qu'un vrai film. De plus c'est un film d'animation et là encore, il sera moins considéré, apprécié et reconnu. Triste sort pour ce petit bijou français qui est une somme de mélanges osés et réussis.


Mélange visuel tout d'abord : décors plats, hyper composés, chargés. Les arabesques du palais arabe sont lourdes de sens, dans un noir et blanc hypnotisant, les fleurs et la forêt germanique du pays d'Azur est chargé, imposante, étouffante de couleurs et de précision. Personnages dans une 3D d'un autre âge qui semblent souvent manipulés comme des marionnettes, aux mouvements etonnament gracieux et agréables. Et enfin les costumes, de larges applats de couleurs, sans relief, sans ombrage qui semble nous faire mentir : est-ce de la 3D ? est-ce de la 2D ? est-ce que c'est egyptien, normand, arabe... ? Du mélange visuel naît un sentiment d'internationalité, de mélange homogène de choses éparses et diverses qui détonne et fonctionne à merveille. Azur et Asmar, à l'instar de Kirikou, joue sur la vitesse, le rapport au théâtre, aux marionnettes, aux ombres chinoises.

Mais c'est le mélange des cultures qui rend le film si intéressant, complet et novateur. Si Azur parle français - et quelques mots d'arabes - son voyage dans le pays de sa nourrice n'est pas sous-titrée. Paradoxalement très bavard, le film se transforme littéralement en une sorte de film muet où l'on comprend un personnage au travers de ses émotions, de la situation et du ton de sa voix plus que par les mots. Dans une très belle scène de marché, deux marchands se moquent l'un de l'autre, s'attaquent, se lancent des piques... que le spectateur français moyen ne peut pas comprendre puisque entièrement en arabe. Et pourtant la magie opère et la salle éclate de rire !


Les adultes froids et distants trouveront ce film démagogique, répétitif et exaspérant. Les voix sont lentes, calmes, posées, l'histoire est une succession de scènes similaires qui ont pour but de faire comprendre aux enfants une chose précise. La construction du scénario repose sur la construction des contes avec une forte prédominance du chiffre trois : trois clés, trois portes, trois épreuves, trois objets magiques, trois couples... Mais l'enfant a besoin de cette répétition, de ces moments répétitifs qui lui permettent de saisir complétement la portée de l'oeuvre.

Conclusion : En plus de faire un film qui parle à moitié arabe sans sous-titres et d'oser mélanger des styles visuels totalement différents avec une parfaite réussite, Michel Ocelot est aussi un astucieux pédagogue qui offre aux enfants la chance de comprendre que - attention, niaiserie en approche - Azur et Asmar ont le même sang qui coule dans leurs veines, qu'importe leur couleur de peau, leur origine ou leur langue.


Miaou, amateur de Kirikou

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