25 août 2006

La Jeune Fille de l'Eau

La Jeune Fille de l'Eau
Critique

Ecrit et réalisé par M. Night Shyamalan | Musique de James Newton Howard | Avec Paul Giamatti, Bryce Dallas Howard, Jeffrey Wright

Pendant plus de 30 ans maintenant, Steven Spielberg nous a demandé de croire à ses histoires. De croire aux ET, aux dinosaures, aux fantômes d'aviateurs, à Truffaut en ufologue, à Peter Pan, à l'arche perdue et aux dernières croisades. Il nous l'a demandé et on l'a suivi. Pas tout le temps, pas toujours comme il aurait voulu. Si E.T. et Jurassic Park ont été de larges succès, A.I., Minority Report, Always ou encore Hook n'ont pas eu cette chance.

Il y a quelques années maintenant est arrivé un réalisateur qu'on appelait tantôt le nouveau Spielberg, tantôt le nouveau Hitchcock : M. Night Shyamalan. En un film il avait conquis un public facile en imposant une nouvelle technique pour amadouer le spectateur : le twist final. Qu'importe si le film est bien ou nul à vomir, un twist final remet les pendules à l'heure et offre au spectateur le bonheur d'un film qu'il trouve "bien" uniquement à cause de cette fin surprenante. Saw, Hide & Seek, Ils... il y a douze millions d'exemples.

Et puis Shyamalan a continué son chemin tout seul, sans ce premier public, forcément conquis puisque pris au twist. Il a fait Incassable, un film incroyablement fort sur les super héros, puis Signs un film boulversant sur les médias, la mort, la famille et enfin, il y a deux ans, The Village, monde créé de toute pièce pour se cacher du monde extérieur et de ses méfaits (entre autres : la guerre).

La Jeune Fille de l'Eau raconte l'histoire d'un concierge d'un immeuble multi-culturel. Le dénommé Cleveland Heeps découvre un soir dans la piscine une jeune femme, Story, une narf selon un conte asiatique, qui se révèlera connaître l'avenir et pourra aider à changer le monde des hommes. C'est écrit sur l'affiche, c'est dit au début, à la fin et tout au long du film : ce film est un conte pour enfant. Il faut donc le traiter comme un conte et ne pas essayer d'y voir un film de cinéma comme il est habituel d'en voir.

En lisant les contes des frères Grimm ou de Andersen, on se surprend souvent à penser que ces contes ne tiennent pas la route... Des nains dans une forêt ? Une sirène qui veut épouser un prince ? Une sorcière qui vit dans une maison en sucrerie ? Allons ! C'est un conte, pas grave si l'histoire ne tient pas debout il suffit d'y croire. Croire ? Le mot est lancé !

Shyamalan est un fervent catholique romain et souvent ses films la question de la foi est soulevée. Qu'elle soit chrétienne dans Signs, paranormale dans Sixième Sens ou super-normale dans Incassable, le réalisateur d'origine indienne parle de croyance, de foi et de ce qu'on peut faire pour elle. Dans The Village, ce sont des gens qui ont perdu la foi en notre siècle qui se replie deux cent ans auparavant.

Motivé par ce thème qui hante chacun de ses films, chacune de ses histoires, chacun de ses personnages, Shyamalan nous offre avec La Jeune Fille de l'Eau une réflexion à deux niveaux.

Premièrement il faut croire en cette femme, croire au pouvoir qu'elle possède, croire en ses prédictions du futur et au destin qui attendent les hommes et l'Humanité. Et puis, habilement tapi sous un film d'aventure et d'action bourré d'humour, Shyamalan nous parle du rôle que nous jouons dans la vie.

Incassable avait été le premier à offrir à un personnage un super–pouvoir : Bruce Willis devenait un super–héros imbattable, capable de survivre à un accident de train et de sauver les gens. Dans Signs, Mel Gibson était confronté au destin pur : sa fille est asthmatique, son frère joueur de base–ball et chacun à son rôle à jouer dans leur histoire.

Bien sûr on pourrait toujours répliquer qu'un scénario, hollywoodien même, est souvent bourré de "hasards" qui dynamisent, qui renforcent et qui font avancer une narration. Mais ces coïncidences ne sont jamais fortuites chez Shyamalan. Elles sont le moteur même de l'histoire et il suffit d'y croire pour que La Jeune Fille de l'Eau devienne un film grandiose, épique et sublimement construit.

On peut me reprocher l'amour que je porte au cinéma de Shyamalan et qui, sans aucun doute, altère mon jugement et ma pensée. Mais il me semble difficile de le croire. Quelque part, derrière sa mise en scène parfaite, ses cadrages de tuerie, ses effets spéciaux impeccables, son utilisation du flou, du son et de la musique (son partenaire James Newton Howard toujours aux commandes), derrière ses acteurs formidables, se cache un cinéaste qui pose des questions inédites au cinéma depuis Tarkovski sur la croyance, religieuse et humaine.




Miaou, défenseur et admirateur de Night

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Salut Tony :)
Alors je débarque, je découvre les nouveaux blogs la nouvelle vie tout ça ! Je savais pas que t'étais plus à Paris !
Enfin si t'es content d'être parti c'est cool !

Enfin ce que je voulais dire surtout c'est que cet article était excellent^^ Je n'ai vu qu'incassable de monsieur "Night" mais franchement, j'aimerai pas avoir à argumenter contre toi à son sujet lol !

Clap clap !

Bonne soirée !

Anonyme a dit…

Pas fan comme toi de Shaymalan (beaucoup déçu par The Village, tu le sais) mais absolument totalement convaincu par Lady In The Water. Il suffit d'y croire, d'entrer dans le jeu, de dépassser ses apriori comme ils le font tous, et de se laisser bercer, impressionner, et pleurer à la fin. Absolument génial. Et, c'est volontiers que je pardonnerai toutes les légères petites errances de réalisation et applaudirait sans retenue le scénario absolument génialement ficelé de bout en bout, mention spéciale pour les personnages très différents mais profondément humains. Et quand même, la voyance dans les boites de céréales, il fallait le faire.

Anonyme a dit…

Revu hier en salle (en VF, humpf...). J'ai eu autant de frissons pendant la minute de fin superbement contemplative et planante.

Anonyme a dit…

Je n'irai pas me faire l'avocat du diable contre Shyamalan, qui est, je suis totalement d'accord avec toi, l'un des réalisateurs les plus intéressants actuellement. ;-)

Yéti a dit…

Heureux qu'il vous plaise ^^ Mais franchement je crois que je pourrais écrire un livre sur lui ^^